Cameroun : Entre lassitude et impatience, l’interminable attente du nouveau gouvernement
La même scène se reproduit désormais tous les jours : à 17 h, à l’heure du journal radio, les Camerounais se massent autour des postes récepteurs dans l’espoir d’une annonce d’un nouveau gouvernement. Il y a neuf mois, le président Paul Biya avait promis la nomination du nouveau gouvernement « dans les prochains jours ». Mais neuf mois plus tard, l’équipe dirigée par le Premier ministre Joseph Dion Ngute est toujours en poste, atteignant ainsi la longévité exceptionnelle de sept ans. À Yaoundé, l’attente est devenue presque insoutenable.
Joseph Olama, commerçant de boissons au quartier Essos, a fait de cette attente un rituel quotidien. À 17 h précises, la musique de son commerce est remplacée par la radio, où sont lus les décrets et autres textes officiels. Ce mercredi, comme depuis plusieurs mois, les annonces espérées concernant le nouveau gouvernement n’ont pas été faites.
Dans le quartier Odza, une banlieue chic de la capitale, le journal de 17 h est aussi écouté religieusement. Martial, un auditeur, a déclaré : « C’est terminé, la fumée blanche ce n’est pas pour aujourd’hui non plus. Mais on garde espoir, ça va bien finir par arriver. »
Constat d’une gouvernance à bout de souffle
Hilaire Kamga, acteur de la société civile, souligne que cette attente est « inédite » et constate une « gouvernance à bout de souffle ». Selon lui, la longévité de l’actuel gouvernement, sans justification apparente, est « une prime à la médiocrité ». Le chercheur Thomas Atenga évoque un « État stationnaire », ajoutant que la formation d’un nouveau gouvernement est désormais « une complexe équation » entre clans rivaux en lutte pour la succession à Paul Biya.
Historique des gouvernements
En 44 ans de pouvoir, le président Paul Biya a nommé 34 gouvernements, soit une durée moyenne de moins de 24 mois par gouvernement. Former un gouvernement est un exercice qu’il a particulièrement apprécié, selon un ancien ministre. Cependant, son grand âge et le cercle restreint de proches sur lesquels il s’appuyait compliquent le processus.
À défaut de remaniement, certains espèrent des retouches de l’équipe actuelle. Quatre membres du gouvernement sont décédés en fonction et n’ont pas été remplacés. Deux membres de la majorité présidentielle ont également démissionné sans remplacement.
Conséquences de l’immobilisme
Naomie Sigué, commerçante au marché d’Etoudi, décrit la situation comme une « inertie totale ». Jean-Jacques, un fonctionnaire, souligne que le pays s’endette et que les jeunes rêvent d’émigrer vers l’Europe et le Canada, ce qui entraîne une fuite des cerveaux.
Les réseaux sociaux en ébullition
Lassés de cette attente, certains Camerounais publient régulièrement de faux gouvernements sur les réseaux sociaux, suscitant de nombreuses réactions. Ce phénomène n’est pas anodin : un éditorialiste y voit une volonté d’écarter certains candidats. Un cas notable est celui de Johan Adriel Sitchom, qui a été arrêté après avoir diffusé de faux décrets présidentiels.
Malgré cette attente interminable, le journal de 17 h continuera d’attirer l’attention des Camerounais, en espérant enfin des annonces concrètes.
Source : RFI

