Démanteler à Cadarache, bâtir à Gravelines : le double coût caché de la relance nucléaire française
Deux décrets publiés le même jour marquent une étape paradoxale dans le secteur nucléaire français. Le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) a reçu l’autorisation de démanteler Pégase à Cadarache, un réacteur mis en service en 1963, tandis qu’Électricité de France (EDF) s’apprête à préparer la construction de deux réacteurs EPR2 à Gravelines. Cette simultanéité soulève un défi industriel : financer la gestion des installations vieillissantes tout en construisant une nouvelle génération de réacteurs.
Le nucléaire français ouvre ainsi deux chantiers distincts mais interconnectés. À Cadarache, le CEA va procéder au démantèlement de Pégase, un ancien réacteur de recherche de 35 MW, arrêté en 1975 et converti en entrepôt de substances radioactives. Le démantèlement est prévu pour s’étendre jusqu’en 2065. De son côté, à Gravelines, EDF obtient le feu vert pour engager les travaux préparatoires des deux EPR2, en attendant l’autorisation de création pour construire les bâtiments nucléaires.
La publication des décrets le 22 août illustre la nécessité de relancer le nucléaire tout en traitant les installations vieillissantes, ainsi que leurs combustibles et déchets. Pégase, qui faisait partie de l’installation nucléaire de base n° 22 du CEA, a fonctionné entre 1963 et 1975 pour tester des combustibles. Depuis 1980, il a accueilli des combustibles irradiés et des sous-produits de fabrication.
À Gravelines, l’autorisation environnementale permet à EDF d’aménager les plateformes, de renforcer les sols et d’installer les équipements de chantier. Cependant, la construction des bâtiments destinés à recevoir du combustible nucléaire ou des équipements de sûreté ne peut pas encore commencer. La demande d’autorisation de création constitue une étape distincte, dont le traitement devrait durer au moins deux ans.
Cette situation met en lumière le double coût caché de la relance nucléaire, où la gestion du passé se conjugue avec la construction d’un avenir énergétique.
Source : La Tribune.



