Des livres ou des ballons ? Au Québec, le budget scolaire fait polémique
Le gouvernement du Québec a récemment annoncé une réforme budgétaire pour l’année scolaire 2026-2027, intégrant les fonds précédemment réservés à l’achat de livres dans une enveloppe globale de 288 millions de dollars canadiens (environ 179,5 millions d’euros). Cette décision suscite des préoccupations au sein du milieu du livre, car il n’est plus garanti que les 38 millions de dollars initialement destinés aux livres seront effectivement utilisés à cette fin.
Le ministère de l’Éducation a précisé que les fonds pourront désormais financer une variété d’activités, allant des collections de bibliothèques scolaires aux projets pédagogiques et activités sportives. Seule l’aide alimentaire bénéficiera d’un budget protégé. La réforme, portée par Sonia LeBel, ministre de l’Éducation, vise à donner plus de flexibilité aux centres de services scolaires (CSS) pour gérer leurs budgets.
Historiquement, la me 15103 était dédiée au développement des bibliothèques scolaires et à l’achat de livres pour les classes, avec un soutien d’environ 300 dollars par enseignant. La nouvelle approche soulève des inquiétudes quant à la possibilité que certains CSS privilégient d’autres dépenses, n’étant plus contraints de consacrer une part de leur budget à l’achat de livres.
Malgré ces changements, la législation québécoise continue d’encadrer les achats institutionnels, obligeant les écoles à acheter auprès de librairies agréées. Cependant, cela ne garantit pas le volume de livres qui sera effectivement acquis.
Des organisations du secteur, incluant l’Association des libraires du Québec (ALQ), ont exprimé leur inquiétude, demandant la préservation des budgets « protégés et traçables » pour les acquisitions. Une pétition ayant recueilli plus de 17 000 signatures a été déposée à l’Assemblée nationale pour soutenir cette demande.
En parallèle, des voix politiques, y compris celles du Parti libéral du Québec et de Québec solidaire, ont appelé à la préservation d’une enveloppe protégée pour l’achat de livres, mettant en avant le risque de réduction des acquisitions.
Les librairies, qui dépendent fortement des ventes scolaires, craignent un impact immédiat sur leur chiffre d’affaires. Selon l’ALQ, les ventes aux écoles représentent en moyenne 36 % du chiffre d’affaires des librairies, et près d’une librairie sur quatre se trouve dans une situation financière fragile. En 2025, les ventes aux collectivités ont chuté de 9,6 %, et l’édition jeunesse a diminué de 10 %.
Ce contexte de réforme budgétaire intervient alors que des indicateurs de littératie au Québec sont préoccupants. Selon des données récentes, 47 % des Québécois âgés de 16 à 24 ans se situent sous le niveau 3 de littératie, considéré comme le niveau souhaité.
Le débat sur le financement des livres scolaires a pris une dimension supplémentaire lors de la journée « Le 12 août, j’achète un livre québécois ! », où des librairies indépendantes ont rappelé l’importance de maintenir un budget dédié à l’achat de livres pour les écoles. Huit anciens ministres québécois de la Culture et de l’Éducation ont également exprimé leur soutien à cette cause.
Les prochaines élections provinciales, prévues pour le 5 octobre 2026, pourraient voir la question de la lecture devenir une priorité politique, avec des promesses de rétablir une enveloppe réservée pour les livres scolaires.
Source : ALQ



