Des dégâts considérables : dix ans après, le Brexit continue de plomber l’économie britannique
Le Brexit devait ouvrir une nouvelle ère de prospérité et de souveraineté pour le Royaume-Uni. Dix ans après le référendum du 23 juin 2016, le pays peine toujours à tourner la page. Économie en berne, croissance faible, services publics sous pression et instabilité politique chronique : les répercussions du vote en faveur de la sortie de l’Union européenne (UE) continuent de profondément marquer la vie britannique.
Le Royaume-Uni s’apprête à connaître son sixième Premier ministre en sept ans. Les dirigeants se succèdent sans parvenir à relancer une économie atone qui pèse sur le pouvoir d’achat et le niveau de vie des ménages, nourrissant la défiance des électeurs. Dernier en date, le Premier ministre sortant et chef du Parti travailliste, Keir Starmer, quitte ses fonctions après seulement deux ans au pouvoir. Comme ses prédécesseurs, il a échoué à répondre aux difficultés structurelles du pays. Arrivé à Downing Street avec la promesse de tourner la page de quatorze années de pouvoir conservateur et d’apaiser les relations avec Bruxelles, il rejoint finalement la longue liste des Premiers ministres emportés par les turbulences de l’après-Brexit.
Cette instabilité répétée a progressivement érodé la confiance des Britanniques quant aux promesses du Brexit. Selon les sondages, 23 % des électeurs ayant voté pour une sortie de l’Union européenne regrettent aujourd’hui leur choix. C’est surtout sur le terrain économique que l’ampleur de cet échec apparaît : les économistes estiment que le Brexit a amputé le produit intérieur brut britannique de près de 8 %. Autrement dit, les revenus de chaque Britannique ont diminué en moyenne de 8 % par rapport à ce qu’ils auraient été si le pays était resté au sein de l’Union européenne.
À l’échelle nationale, cela représente également une perte de recettes fiscales disponibles pour financer les services publics. Jonathan Portes, professeur d’économie et de politiques publiques au King’s College de Londres, souligne qu’il existe un consensus clair parmi les économistes sur le fait que le Brexit a causé des dommages considérables.
Pour mer l’impact économique du Brexit, des chercheurs de l’Institut de recherche sur les politiques économiques de Stanford ont utilisé deux méthodes distinctes. La première consistait à comparer l’évolution de la croissance au cours des dix dernières années avec celle d’autres pays. La seconde approche s’est intéressée directement aux entreprises britanniques, en comparant les performances de celles qui continuaient à commercer étroitement avec l’Union européenne à celles dont l’activité était davantage tournée vers le marché intérieur depuis le Brexit. Les résultats montrent que le Royaume-Uni apparaît environ 6 % plus pauvre qu’il ne l’aurait été sans le Brexit.
Le commerce de marchandises a été particulièrement affecté, notamment dans les secteurs automobile et agroalimentaire. La sortie du marché unique a multiplié les formalités administratives, allongeant les délais et augmentant les coûts pour les entreprises. En janvier, un dirigeant d’une entreprise de logistique a déclaré devant une commission parlementaire qu’il était devenu « un véritable enfer » d’exporter de l’agneau ou du bœuf vers l’Union européenne.
Londres et Bruxelles espèrent alléger ces contraintes grâce à un nouvel accord commercial destiné à faciliter les échanges de produits laitiers, d’œufs, de poisson ou encore de viande fraîche, mais son entrée en vigueur n’est pas attendue avant l’été 2027. Pour nombre d’entreprises, cet accord arrivera trop tard, car les exportations alimentaires britanniques vers l’Union européenne ont chuté de près d’un quart depuis l’entrée en application du Brexit.
Les effets de la rupture avec l’UE se font également sentir dans le portefeuille des consommateurs. Le Brexit a largement contribué à alimenter la hausse des prix alimentaires, certains produits de base ayant vu leur prix grimper de manière significative. Les ménages les plus aisés sont mieux armés pour absorber cette inflation, mais la situation est bien plus difficile pour les foyers modestes.
Jonathan Portes rappelle que le Brexit n’a pas été le seul problème économique du Royaume-Uni. Le pays souffre également d’un manque d’investissement, d’une faible croissance et d’un déficit d’innovation. Cette décennie de ralentissement économique s’est produite à un moment particulièrement mal choisi pour le Royaume-Uni, alors que les services publics ne se sont jamais totalement remis des mes d’austérité mises en œuvre dans les années 2010.
Aujourd’hui, les prisons sont dans un état « déplorable » selon un rapport parlementaire de 2025, le réseau routier se dégrade, et le ministère de la Défense avertit que les capacités opérationnelles de l’armée pourraient être réduites faute d’investissements suffisants. Les perspectives à court terme restent peu encourageantes, et les chercheurs estiment que les dégâts resteront sensiblement du même ordre qu’aujourd’hui.
Source : France 24