Emmanuel Macron, 10 ans après : quel bilan pour le Pass Culture ?
Promesse phare de la campagne présidentielle de 2017, le Pass Culture a été déployé dans un premier temps dans cinq puis quatorze départements, avant d’être généralisé en 2021. Ce dispositif visait à faciliter l’accès des jeunes à la culture en créditant 500 euros sur une application dédiée pour tous les jeunes de 18 ans. En 2022, le programme a été élargi aux jeunes de 15 à 17 ans, leur permettant d’accéder à des fonds allant jusqu’à 50 euros. Ces crédits pouvaient être utilisés pour l’achat de billets de concert, de théâtre, ainsi que de biens culturels comme des livres, bandes dessinées ou mangas.
Diminution du budget du Pass Culture
Emmanuel Macron avait déclaré sur ses réseaux sociaux lors du lancement : « Que vous soyez ciné, romans, mangas, jeux vidéo, théâtre, rap, métal ou tout ça à la fois, nous avons créé pour vous le Pass Culture ». Près de 5 millions de jeunes ont bénéficié de ce dispositif, avec 3 millions d’utilisateurs actifs. Selon Laurence Tison-Vuillaume, présidente actuelle du Pass Culture, 91 % des jeunes de 18 ans ou plus possèdent le Pass, contre 84 % en 2024, et 40 % des bénéficiaires vivent en zone rurale ou dans des quartiers prioritaires.
Cependant, le calibrage budgétaire du Pass Culture a suscité des critiques. En 2022, une « part collective » a été introduite pour financer des sorties culturelles encadrées par les enseignants, cherchant ainsi à répondre aux critiques sur l’accès inégal aux ressources culturelles.
En 2024, des rapports de l’Inspection générale des affaires culturelles (IGAC) et de la Cour des comptes ont remis en question l’efficacité du dispositif. L’IGAC a noté que « la capacité du Pass Culture à atteindre ses objectifs de service public ne peut être démontrée » et que l’utilisation du Pass pourrait créer des effets d’aubaine pour des jeunes déjà familiarisés avec la culture.
Réformes et critiques
Face à une situation budgétaire tendue, la Cour des comptes a appelé le gouvernement en 2024 à « mettre un terme à la croissance non maîtrisée des crédits budgétaires du Pass Culture ». En 2025, le gouvernement a réformé le dispositif, excluant les jeunes de 15 et 16 ans et réduisant le montant alloué aux jeunes de 17 ans (de 50 à 30 euros) et de 18 ans (de 300 à 150 euros, avec une bonification de 50 euros sous conditions).
Les sénateurs Vincent Eblé et Didier Rambaud ont critiqué cette réforme, soulignant qu’elle se concentre principalement sur les jeunes de 18 ans, au détriment des plus jeunes.
Gouvernance et controverses
Le Pass Culture, conçu comme une « start-up d’État », a également été marqué par des controverses sur la gouvernance. La création d’une société par actions simplifiée (SAS) a été critiquée, notamment en raison des rémunérations élevées de ses dirigeants. Des révélations ont mis en lumière des salaires jugés excessifs, sans que le dispositif n’attire de financements privés significatifs.
À partir de 2026, la SAS sera transformée en opérateur de l’État, une décision saluée par certains parlementaires pour des raisons de transparence et de contrôle budgétaire.
Dix ans après sa promesse initiale, le Pass Culture semble avoir du mal à remplir ses objectifs. Le dispositif, initialement conçu pour démocratiser l’accès à la culture, est en train de se transformer en un budget de sorties culturelles pour les établissements scolaires, tout en perdant son caractère innovant de start-up.
Source : Le Dauphiné libéré, rapports de l’IGAC et de la Cour des comptes.



