Bételgeuse tourne-t-elle trop vite ?
La dixième étoile la plus brillante du ciel, Bételgeuse, continue de susciter l’intérêt des astrophysiciens. Entre 2019 et 2020, sa luminosité a connu une chute soudaine sans précédent, ce qui a conduit certains médias à spéculer sur une éventuelle explosion de cette supergéante rouge en fin de vie. Cependant, des observations réalisées avec le Very Large Telescope (VLT) au Chili ont révélé qu’un nuage de poussière expulsé par l’étoile avait temporairement occulté sa lumière. Bételgeuse a depuis retrouvé une luminosité normale, mais de nouvelles questions se posent.
Des mes effectuées par le réseau d’antennes Alma (Atacama Large Millimeter/Submillimeter Array) au Chili ont suggéré que l’étoile pourrait tourner à une vitesse anormalement élevée. Une analyse récente menée par Jing-Ze Ma, de l’institut Max-Planck d’astrophysique, et Andrea Chiavassa, de l’observatoire de la Côte d’Azur, indique que cette impression pourrait être illusoire. En effet, Bételgeuse ne serait pas en rotation rapide.
Alma, avec ses 66 antennes, fonctionne comme un télescope géant capable de cartographier la vitesse radiale de la surface de l’étoile. Les chercheurs s’appuient sur l’effet Doppler pour déterminer ces vitesses. En mesurant les décalages de la lumière émise par l’étoile, ils ont observé un hémisphère qui s’éloigne et un autre qui se rapproche, caractéristique d’un objet en rotation. Les vitesses mesurées étaient d’environ 5 kilomètres par seconde, typiques des étoiles jeunes, alors que les étoiles plus âgées, comme Bételgeuse, ont généralement des vitesses près de 100 fois plus faibles.
Une hypothèse avancée est que Bételgeuse pourrait résulter de la fusion de deux étoiles, ce qui expliquerait son excès de vitesse de rotation. Cependant, Chiavassa et ses collègues proposent une explication différente. Les supergéantes rouges comme Bételgeuse, dont le diamètre atteint 1 milliard de kilomètres, sont soumises à des phénomènes de convection importants, avec des bulles de gaz se déplaçant à des vitesses pouvant atteindre 30 kilomètres par seconde.
Les chercheurs estiment que la résolution d’Alma pourrait ne pas être suffisante pour observer ces mouvements convectifs en détail, ce qui pourrait créer une confusion entre convection et rotation. Des simulations ont montré que cette illusion pourrait être responsable de l’anomalie observée, conduisant à une stimation de la vitesse de rotation à plus de 2 kilomètres par seconde. Des relevés à plus haute résolution de Bételgeuse réalisés en 2022 sont en cours d’analyse pour valider cette hypothèse.
Andrea Chiavassa souligne qu’il reste encore de nombreuses questions sans réponse concernant ces étoiles bouillonnantes. Des recherches intensives sont en cours pour améliorer les simulations, mais cela nécessite des données de télescopes comme Alma.
Source : Pour la Science
