Après Paris, cap sur Perth : la bataille secrète pour le contrôle du mégaprojet de Belinga
Une partie de la délégation gabonaise, menée par le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, ne rentrera pas directement à Libreville après la visite d’État de Brice Clotaire Oligui Nguema en France. Au lieu de cela, elle se dirigera vers Perth, en Australie occidentale, au siège de Fortescue. Ce détour, non annoncé dans les communiqués officiels, vise à discuter du contrôle des infrastructures nécessaires à l’évacuation du minerai du projet de Belinga, qui inclut un port en eau profonde, 535 kilomètres de rail et un barrage de 400 mégawatts.
Le contexte de cette visite s’inscrit dans un bras de fer en cours avec Eramet sur la transformation locale du manganèse. Les discussions à l’Élysée n’ont pas abouti comme espéré par Libreville, ce qui pourrait expliquer cette étape imprévue en Australie. La délégation gabonaise comprendra également le ministre des Mines et des Ressources géologiques, Sosthène Nguema Nguema, et le ministre de l’Industrie et de la Transformation locale, Lubin Ntoutoume.
L’origine des tensions est liée à une convention signée le 23 avril 2026 entre l’État gabonais, Africa Global Logistics, et la banque d’affaires Algest Investment Bank, confiant à AGL la construction du port de Kobé-Kobé. Cette décision a réduit le périmètre initial proposé par Andrew Forrest, qui incluait la responsabilité du rail et de l’énergie.
Fortescue, dont le modèle économique repose sur le contrôle des infrastructures, a exprimé son mécontentement par l’intermédiaire de canaux diplomatiques, notamment via le Haut-Commissaire du Royaume-Uni et le directeur général d’Ivindo Iron. Le précédent avec Eramet et sa filiale Comilog, qui possède des infrastructures clés au Gabon, influence les décisions actuelles de Libreville, qui souhaite garder le contrôle sur les infrastructures, même celles construites par des tiers.
Le projet de Belinga, qui devrait produire du minerai à 65 % de teneur, se heurte à des défis logistiques, Fortescue étant tributaire de China Railway pour le rail, d’AGL pour le port, et d’EDF et Sinohydro pour l’énergie. Un protocole d’accord proposé par Fortescue pourrait être modifié, Libreville souhaitant que tout opérateur chinois impliqué signe directement avec l’État.
En démembrant le schéma initial, l’État gabonais espère garantir un actif résiduel, permettant ainsi de contrôler les infrastructures indépendamment de l’exploitant minier, une approche qui pourrait priver Fortescue de son principal levier de pression.
Source : Gabonreview.com
