Bassin du lac Tchad : l’insécurité gagne du terrain
Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a alerté sur l’extension progressive de la crise dans le bassin du lac Tchad, où des familles fuient de plus en plus les violences. Le Bénin, jusqu’alors relativement épargné, voit l’arrivée de réfugiés nigérians chassés par des attaques de groupes armés. En parallèle, des mouvements de population significatifs sont observés entre le nord du Niger et le Nigeria, indiquant une insécurité devenue plus diffuse et imprévisible.
« Depuis 2024, la situation s’est détériorée sur le plan de la sécurité, et cette dégradation s’est encore accélérée en janvier de cette année », a déclaré Andrew Wyllie, directeur adjoint du bureau régional pour l’Afrique de l’Ouest et centrale du HCR. Les violences, attaques contre les civils, criminalité et chocs climatiques poussent les populations à fuir, parfois à plusieurs reprises, à l’intérieur de leur pays ou au-delà des frontières.
Près de 3,5 millions de personnes sont aujourd’hui déplacées de force dans l’ensemble du bassin du lac Tchad, dont environ 323 000 réfugiés. Depuis le début de l’année, 77 000 personnes supplémentaires ont franchi une frontière pour chercher refuge, tandis que 8,2 millions d’habitants ont désormais besoin d’une assistance humanitaire. Cette mobilité forcée complique considérablement l’acheminement de l’aide humanitaire et fragilise des populations déjà éprouvées.
Comme souvent dans les conflits prolongés, les femmes et les enfants sont les plus touchés. Selon le HCR, un ménage sur cinq déclare ne plus se sentir en sécurité. Les témoignages de réfugiés au Bénin évoquent des violences extrêmes, notamment des femmes ayant perdu leur mari sous les yeux. Environ un enfant sur deux n’est plus scolarisé dans la région, et dans la province du Lac, cette proportion dépasse les trois quarts, augmentant les risques d’exploitation et de recrutement par des groupes armés.
La fragmentation du conflit est une autre caractéristique préoccupante. Les habitants fuient dans toutes les directions, face à des attaques et des enlèvements qui touchent plusieurs pays simultanément. « De nombreux groupes armés sont responsables de ces violences, ce qui rend difficile l’identification précise des auteurs », a reconnu Andrew Wyllie.
Les communautés d’accueil continuent d’accueillir des déplacés, mais les infrastructures publiques peinent à absorber cette arrivée continue. Pour répondre aux besoins les plus urgents, le HCR estime qu’au moins 29 millions de dollars supplémentaires sont nécessaires pour renforcer la protection des personnes déplacées et leur accès à des documents d’identité.
À me que la violence s’étend, le bassin du lac Tchad devient un des principaux foyers de déplacement forcé en Afrique de l’Ouest.
(Source : HCR)
