OFF d'Avignon. « Terreur » : quand le public devient juge d'un choix impossible

Et si c’était à vous de rendre le verdict ?

Avec « Terreur », la compagnie Hercub’ transforme les spectateurs en jurés d’un procès hors norme. Face à une pilote de chasse poursuivie pour avoir abattu un avion de ligne détourné, avec 164 passagers à son bord, afin d’éviter un attentat, chacun est confronté à un dilemme vertigineux. A-t-elle commis un meurtre délibéré ? A-t-elle, au contraire, permis d’éviter d’autres victimes ? Toutes les vies ont-elles la même valeur ? Seul avec sa conscience, le spectateur-juré devra répondre à ces questions avant de condamner ou d’innocenter l’accusée.

À l’extérieur du théâtre, le président du tribunal anime la file d’attente en exposant les règles du procès. Il rappelle aux spectateurs qu’ils doivent faire abstraction de tout ce qu’ils ont pu entendre sur l’affaire et se préparer à juger Laura Koch. Avant d’entrer dans la salle, chaque juré reçoit un jeton blanc, qui déterminera leur vote à la fin de l’audience.

Le procès s’inspire d’un fait réel : le 26 mai 2013, le commandant Koch, pilote de chasse de l’armée allemande, abat un avion de ligne détourné par un terroriste islamiste. L’objectif du terroriste était de plonger l’appareil sur un stade de football de Munich où se trouvaient 70 000 spectateurs.

La pièce soulève des questions sur les notions de légalité et de légitimité dans des situations extrêmes. Laura Koch, transformée en protagoniste féminin, désobéit à un ordre de ne pas tirer. Elle agit selon sa conscience, estimant qu’un sacrifice de cent personnes pourrait en sauver des milliers. Ce choix soulève des interrogations éthiques et morales sur la désobéissance à un ordre.

La structure interactive du procès invite les spectateurs à débattre et à se positionner. La procureure questionne les choix faits avant l’attaque, tandis que l’avocat défend la décision de Laura Koch comme étant justifiée par des raisons humanitaires.

À la fin de l’audience, les jurés sont appelés à voter. Deux poches, l’une noire et l’autre blanche, permettent de recueillir les jetons des spectateurs. Le verdict est sans appel : 162 jugent Laura Koch innocente, tandis que 44 la déclarent coupable. Ce résultat met en lumière les différentes perceptions de la légitimité de la violence et de la désobéissance, selon les contextes culturels et sociaux.

Source : Joël Barcy

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