L’accessibilité ne se limite pas aux rampes d’accès et aux ascenseurs ; elle doit intégrer les particularités sensorielles, notamment pour les TND. Quelques initiatives locales (timides) voient le jour et pourraient devenir une source d’inspiration.
Des néons qui s’adoucissent, des annonces sonores qui disparaissent et des caisses qui cessent de biper. Pendant quelques heures, faire ses courses peut redevenir supportable pour de nombreuses personnes autistes. Encore rares en France, ces initiatives dessinent pourtant les contours d’une accessibilité qui dépasse largement le seul handicap. Des enseignes comme Carrefour mais aussi King Jouet ou encore Super U ont donné le tempo il y a une dizaine d’années, mais sans que cette « parenthèse silencieuse » ne devienne une réalité nationale.
En 2021, une proposition de loi visant à généraliser une « heure silencieuse » dans les magasins de grande distribution a été adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale. Transmise au Sénat, elle n’a toutefois jamais abouti et n’est pas devenue une obligation à l’échelle du pays. Pourtant, les bénéfices sont reconnus par tous, clients avec TSA ou non. « Certains viennent spécialement à ces heures-là, pour faire leurs courses au calme », avait ainsi déclaré en 2025 à l’AFP Mohamed Mbaye, manager au Carrefour Market Paris Alésia.
Dans plusieurs pays anglo-saxons, les commerces et lieux publics adaptés aux personnes autistes sont désormais courants. En France, ces initiatives restent encore marginales. Aucun recensement national des lieux sensoriellement accessibles n’existe, même si plusieurs collectivités commencent à ouvrir la voie. Si les règles pour favoriser l’accessibilité des établissements recevant du public aux handicaps physiques sont connues, ce n’est pas le cas pour les personnes neuroatypiques.
Niort, ville pionnière
« Ce n’est que depuis les années 2000 qu’on a commencé à parler d’autisme en France », souligne Alain Pecquerie, président d’un groupe d’entraide mutuelle, le GEM TSA à Niort. La capitale des Deux-Sèvres est « totalement pionnière » dans ce domaine. La commune est la seule de l’Hexagone à porter une charte « Autism friendly » à destination des commerces.
Construite par les personnes autistes du GEM, l’initiative a été soutenue par Lydia Zanatta, conseillère municipale déléguée à la prévention et la lutte contre l’isolement. « La charte a été signée à l’hôtel de ville par une quarantaine de commerçants », se réjouit Alain Pecquerie. Un sticker multicolore permet ensuite aux personnes autistes de savoir si le magasin est adapté aux hypersensibilités sensorielles, et une application développée par l’Institut catholique supérieur Saint-André (ICSSA) recense ces établissements.
Des périodes de temps calme
L’accueil de la démarche a été favorable du côté des gérants des boutiques. La charte « n’est pas contraignante », défend Alain Pecquerie. Elle repose sur des engagements simples plutôt que sur des investissements lourds. « On leur a demandé d’instaurer des périodes de temps calme, et d’être vigilant à tout ce qui a trait à la sensorialité », précise-t-il. Les bénévoles du GEM accompagnent les commerces qui souhaitent s’inscrire dans le programme pour dresser un état des lieux des aménagements à réaliser.
Une démarche « gagnant-gagnant »
« J’ai réalisé un sondage dans le supermarché et j’ai demandé aux clients ce qu’ils pensaient de ces heures creuses. Ils m’ont tous répondu ‘c’est le rêve’ », se félicite Alain Pecquerie. Ces adaptations sont « gagnant-gagnant » : dans un lieu calme, chacun apaise naturellement sa voix et peut être amené à rester flâner plus longtemps. L’engagement des magasins est neutre financièrement, selon lui.
L’application Divercity à Lyon
Après Niort, une seule autre ville recense en France une liste de commerces « Autist friendly » : Lyon, grâce à son application Divercity, sortie en mars 2026. Des capsules vidéos permettent de former les établissements à l’autisme et aux aménagements à réaliser. Une centaine de magasins ont rejoint le projet en trois semaines depuis son lancement, après le passage de dix ambassadeurs venus présenter le dispositif.
Une architecture sensorielle
Des réflexions sont engagées pour adapter directement le cadre bâti. Frédéric Negroni, architecte, et Emmanuel Negroni, designer, ont fondé un cabinet spécialisé en architecture sensorielle. Leur première réalisation est un établissement d’accueil médicalisé pour personnes handicapées. « Notre philosophie est qu’il est possible de travailler sur les sens par le biais de l’environnement », explique Emmanuel Negroni.
Le meilleur exemple en la matière reste la Maison de l’autisme à Aubervilliers, inaugurée en avril 2023. Elle a été conçue pour répondre aux besoins spécifiques des personnes avec troubles du neurodéveloppement.
Des universités inclusives
D’autres initiatives existent, comme la charte « Atypie-Friendly » dans des établissements d’enseignement supérieur, visant à rendre les universités plus inclusives pour les personnes avec un trouble du neurodéveloppement. Une trentaine d’établissements ont signé cette charte.
L’importance de la formation
Les adaptations des lieux aux personnes neuroatypiques nécessitent des actions de formation à l’autisme. À Niort, les gendarmes et sages-femmes ont été sensibilisés. À Nice, le groupe d’entraide mutuelle TSA a formé divers acteurs, y compris des enseignants et des policiers municipaux. Un partenariat est en cours avec Agen pour développer une charte « Autist friendly » sur le modèle de Niort.
De Niort à Lyon, les initiatives se multiplient lentement. Elles démontrent qu’une meilleure prise en compte des particularités sensorielles est souvent simple à mettre en œuvre et bénéfique à tous. Le défi reste de diffuser ces bonnes pratiques à l’échelle nationale.
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