Augmentation des tarifs de l’eau potable : les polluants entraînent des coûts élevés.

Pourquoi vous payez toujours plus cher pour l’eau du robinet: «Les polluants coûtent cher»

Pourquoi vous payez toujours plus cher pour l’eau du robinet : « Les polluants coûtent cher »

En 30 ans, l’eau de distribution a vu son prix évoluer deux fois plus rapidement que l’eau en bouteille. Un paradoxe? Pas vraiment, au regard des coûts croissants auxquels font face les réseaux de distribution.

Se servir un verre d’eau du robinet sera-t-il bientôt plus cher que d’ouvrir une bouteille d’eau? « On n’en est pas là », ras d’emblée Philippe Defeyt, économiste à l’Institut pour le développement durable. Malgré tout, l’évolution du prix de l’eau de distribution n’est pas rassurante. Entre 1996 et 2026, son coût a augmenté 1,8 fois plus vite que l’indice santé (l’indice des prix à la consommation, sans le tabac, l’alcool et les carburants), selon les chiffres de Statbel. En comparaison avec le prix de l’eau en bouteille, l’évolution est deux fois plus rapide.

Coûts d’infrastructure

Comment expliquer cette différence? La raison principale se trouve du côté de l’eau du robinet, et surtout des infrastructures qui l’accompagnent. Le traitement de l’eau, les égoûts, les contrôles sanitaires, l’interconnexion des réseaux… représentent des dépenses considérables. « Au fil des ans, on est arrivé progressivement à un coût-vérité », explique l’économiste. En clair, la quasi-intégralité du coût de l’eau est financée par la facture du citoyen ou de l’entreprise. « L’eau coûte de plus en plus à produire, car elle engrange une série de dépenses indispensables. »

Hausse marquée

L’eau en bouteille n’est pas exempte de dépenses : le transport des stocks, la mise en bouteille, le salaire des employés… De plus, l’industrie doit s’acquitter d’une redevance déchets pour le plastique qu’elle met sur le marché. Mais aucun de ces facteurs ne fait augmenter son prix outre me. « Il n’y a aucune raison pour que le prix de l’eau en bouteille augmente plus que la hausse générale des prix », confirme Philippe Defeyt. « Les techniques de production n’ont pas changé au fil des ans. L’eau minérale puisée à la source ne doit pas être épurée, par définition. »

En revanche, les coûts liés à l’eau de distribution ont augmenté ces dernières années. À Bruxelles, la facture d’eau des ménages a bondi de 12,5 % par rapport à 2025. En un an, la Région rattrapait quatre ans de gestion des irrécouvrables. La hausse restait donc relativement exceptionnelle.

En Wallonie, où les prix ont augmenté d’environ 3 %, le calcul est plus complexe. Une seule facture d’eau comprend :

  • Le coût-vérité à l’assainissement (CVA), identique partout en Wallonie, de 2,615 euros par mètre cube.
  • Le coût-vérité de distribution (CDV), propre à chaque distributeur. La SWDE, qui dessert près de 200 communes wallonnes, a augmenté son CDV en 2026, passant de 3,15 à 3,24 euros/m³.
  • Le fonds social (0,0332 euro/m³).
  • La TVA de 6 %.

Le prix des polluants

À l’avenir, les enjeux se posent autour de son caractère potable. « Le coût de transformation de l’eau en eau potable va continuer à augmenter », prévient Philippe Defeyt. La charge en polluants dans les eaux augmente d’année en année, impliquant de nouvelles exigences sanitaires et des efforts de purification plus importants. « Dans le futur, les polluants présents dans l’eau, comme les PFAS, créeront de nouvelles préoccupations, qui coûteront cher en investissements et en énergie. » Vivaqua, le distributeur d’eau en Région bruxelloise, en atteste : « Les normes relatives à la qualité de l’eau se renforcent, notamment au niveau européen, et c’est une bonne chose », note Sarah Vanderplaetsen, porte-parole. « Des investissements nécessaires sont prévus, comme les traitements à l’UV, pour disposer de suffisamment d’eau à l’avenir. »

Le risque de sécheresse, induit par le dérèglement climatique, pèsera aussi dans la balance des coûts futurs. Au-delà des défis posés par la garantie d’accès à l’eau potable, les restrictions entraînent, contre-intuitivement, une modification des prix. Plus les ménages réalisent des économies d’eau, moins l’eau circule dans les réseaux et plus le coût de distribution par litre augmente. Les infrastructures doivent être payées, peu importe le nombre de litres qui passent.

Malgré tout, l’eau du robinet coûte environ 0,006 euro par litre, selon les chiffres d’AquaWal publiés en novembre 2025, et reste, de ce fait, drastiquement moins chère que l’eau en bouteille.

Source : Statbel, AquaWal.

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