Le nombre de décès chez les personnes itinérantes bondit, en particulier chez les femmes
Entre 2020 et 2024, le Québec a enregistré au moins 400 décès de personnes sans-abri, marquant une augmentation alarmante de 182 %. Selon les statistiques, Montréal a affiché le taux de mortalité le plus élevé par habitant, suivi de la région de l’Outaouais. Avant cette initiative, aucune donnée n’était disponible concernant le nombre annuel de décès de personnes en situation d’itinérance dans la province.
Ces chiffres sont cependant incomplets et sous-estiment le nombre réel de décès, car seuls ceux ayant fait l’objet d’une enquête du bureau du coroner sont comptabilisés. Cette démarche est engagée lorsque des circonstances floues entourent un décès. Une nouvelle phase de recherche a été lancée ce mois-ci pour évaluer plus précisément les décès non examinés par le coroner. Un formulaire en ligne permet désormais à quiconque de signaler le décès d’une personne sans-abri, a indiqué Léonie Archambault, membre de l’équipe de recherche.
Un système similaire est déjà en place à Toronto, permettant d’obtenir un portrait plus réaliste de la situation. Archambault espère que les données issues de cette recherche seront prises en compte par le gouvernement pour offrir des réponses adaptées aux besoins des personnes en situation d’itinérance et pour mettre en œuvre des actions de santé publique visant à prévenir les décès évitables.
La situation est d’autant plus préoccupante pour les femmes. Les recherches de l’Université de Sherbrooke montrent que l’augmentation des décès chez les sans-abri est plus marquée chez les femmes (211 %) que chez les hommes (175 %). De plus, environ 35 % des 400 décès étaient liés à une itinérance cachée, un phénomène qui reste largement invisible.
Les femmes en situation d’itinérance sont souvent confrontées à des dangers accrus, notamment la violence, ce qui les rend réticentes à fréquenter des refuges mixtes. Les ressources communautaires, traditionnellement conçues pour répondre aux besoins des hommes, ne correspondent pas toujours aux réalités des femmes.
Sonia Côté, présidente-directrice générale du Chaînon, a souligné que la demande de services d’hébergement pour femmes est manifeste, avec plus de 2300 visites par an, dont plus de 1600 concernent des femmes distinctes. Louise Waridel, directrice clinique de La rue des Femmes, a exprimé son choc face à ces statistiques, notant que son organisme a perdu cinq bénéficiaires en deux mois, soulignant l’impact profond que ces décès ont sur les équipes et les autres femmes.
Ces chiffres alarmants révèlent une situation de précarité et de vulnérabilité croissante parmi les personnes sans-abri, appelant à des actions immédiates et adaptées.
Source : Institut de la statistique du Québec, CBC News



