Un chef-d’œuvre de Courbet restauré au musée d’Orsay
Lundi 7 septembre, le musée d’Orsay a annoncé l’achèvement de la restauration d’Un enterrement à Ornans de Gustave Courbet. Après près d’un an et demi de travaux, ce chef-d’œuvre du réalisme a retrouvé sa lisibilité.
Paul Perrin, directeur de la conservation et des collections du musée d’Orsay, a exprimé sa satisfaction sur Instagram, déclarant : « Le tableau a retrouvé ses noirs, ses blancs et ses couleurs, mais aussi de l’air et de la profondeur, de l’équilibre et la puissance (de provocation !) ». Cette campagne de restauration, débutée en mai 2025, a permis de consolider le support de la toile monumentale, mesurant plus de 3 mètres de haut et près de 7 mètres de large, et de lui redonner une apparence proche de son état d’origine.
Un chef-d’œuvre réaliste au cœur d’un scandale
Un enterrement à Ornans représente une scène banale, celle de l’enterrement d’un inconnu dans un paysage morne près d’Ornans, la ville natale de Courbet. Présenté au Salon de 1850-1851 à Paris, le tableau a provoqué une vive polémique, Courbet utilisant les dimensions de la peinture d’histoire pour une simple anecdote de la vie quotidienne. Cela a bouleversé la hiérarchie des genres artistiques et attiré les critiques, faisant de cette œuvre un manifeste de l’esthétique réaliste.
Le musée d’Orsay décrit cette œuvre comme un « jalon dans l’histoire de l’art occidental, éclairant de manière unique le contexte politique et les débats artistiques de la période, dont l’écho se fait entendre jusqu’à aujourd’hui ». Un enterrement à Ornans a rejoint les collections nationales après la mort de l’artiste et est exposé au musée d’Orsay depuis son ouverture en 1986.
Allègement des vernis et redécouverte des dimensions de l’œuvre
La restauration a été précédée d’une campagne d’imagerie scientifique menée par le Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France entre 2018 et 2020. Ces analyses ont permis d’identifier les altérations subies par le tableau, notamment dues à des roulages successifs et des remontages sur châssis. Il a également été confirmé que le tableau avait été légèrement modifié après la mort de Courbet. Les restaurateurs ont allégé et retiré progressivement les couches de vernis accumulées au fil des ans pour restituer les harmonies colorées de l’œuvre.
À l’automne 2025, la toile a été déposée de son châssis datant de 1884 et transférée sur un nouveau châssis auto-tenseur. Cela a permis de rendre visible la partie occultée du bord inférieur de l’œuvre pendant plus d’un siècle.
De nouveaux détails visibles
Bien que quelques lacunes aient été réintégrées, les restaurateurs ont choisi de ne pas intervenir sur les repentirs de Courbet, qui sont réapparus naturellement avec le temps. Certains détails, auparavant cachés, tels que des visages, sont désormais visibles. Le cadre existant a également été adapté aux nouvelles dimensions de l’œuvre.
Les visiteurs peuvent désormais redécouvrir Un enterrement à Ornans, exposé aux côtés de L’Atelier du peintre (1854-1855), une autre œuvre monumentale de Courbet ayant fait l’objet d’une restauration publique il y a plus de dix ans. Les deux tableaux sont accrochés dans la salle 7, renommée en hommage à Sylvain Amic, ancien président des musées d’Orsay et de l’Orangerie, décédé en août 2025.
Pour accompagner cette restauration, le musée d’Orsay prépare un accrochage inédit, présentant une sélection d’objets et d’ornements liturgiques immortalisés par Courbet dans sa peinture, offrant ainsi de nouvelles clés pour comprendre son processus créatif.
Source : Musée d’Orsay

