Les rouages d’Argonos : ChapsVision, futur remplaçant de Palantir à la DGSI
ChapsVision, entreprise fondée en 2019, ambitionne de créer une plateforme souveraine de traitement de données. En moins d’une décennie, elle a connu une croissance rapide, réalisant 29 acquisitions, dont celles de Sinequa, SYSTRAN, ACIC et Qwan Content Intelligence, pour un total de 350 millions d’euros levés.
Aujourd’hui, ChapsVision emploie plus de 1 100 personnes réparties dans 40 pays et affiche un chiffre d’affaires de 200 millions d’euros, avec 2 000 clients. Éric Bourry, vice-président innovation, souligne que l’entreprise est à la fois suffisamment grande pour gérer des projets complexes et assez agile pour s’adapter rapidement. L’équipe comprend 450 ingénieurs en recherche et développement.
La technologie développée à travers ces acquisitions a permis à ChapsVision de créer Argonos, une plateforme qui a remporté les deux lots de l’appel d’offres OTDH (Outil de Traitement des Données Hétérogènes).
Faire de l’ombre à Palantir en Europe
Le projet de la DGSI, doté d’environ 40 millions d’euros, vise à remplacer progressivement la plateforme Gotham de Palantir, adoptée en 2016 après les attentats de novembre 2015. ChapsVision a également convaincu l’agence allemande Bfv et est en discussions avec des clients sensibles en Pologne.
Les échanges avec la DGSI ont débuté en 2021, mais selon Bourry, la plateforme n’a pas été spécifiquement conçue pour l’OTDH. Il précise que le remplacement de Palantir n’est qu’un des nombreux cas d’usage de la plateforme, qui sera également déployée dans divers ministères.
Bourry insiste sur le fait que la transition vers Argonos prendra du temps. Après l’annonce du choix de ChapsVision pour le lot 2 le 16 juin, Palantir a renouvelé son contrat avec la DGSI jusqu’en décembre 2025.
Qu’est-ce qu’Argonos ?
Argonos est capable de collecter, préparer, modéliser et visualiser des données structurées et non structurées. ChapsVision utilise un mélange de composants open source et de briques propriétaires, avec un hébergement sur site, en cloud public ou privé, ainsi que sur des clouds souverains comme Scaleway et OVHcloud. Bourry mentionne même un déploiement complet d’Argonos sur un ordinateur portable.
La plateforme doit égaler Palantir d’ici 2028, et Bourry souligne que ChapsVision mise sur une architecture technique modulaire et configurable, adaptée aux gouvernements et grands comptes. Argonos permet la collecte de données depuis plus de 300 sources variées, y compris des sites Web, des bases de brevets et les réseaux sociaux.
Une utilisation massive des IA pour traiter les données
La plateforme intègre des capacités avancées de traitement de données, incluant des modèles d’intelligence artificielle pour diverses applications, telles que la reconnaissance vocale, la traduction et l’analyse géospatiale. Bourry précise qu’il n’existe pas encore de solution universelle, mais que les modèles d’IA peuvent fournir des résultats préliminaires pour affiner les algorithmes spécialisés.
Data lineage et graphe de connaissances
Argonos offre une capacité de data lineage, garantissant la traçabilité des traitements aboutissant à un résultat. Les utilisateurs peuvent modéliser les données sous forme de graphes, appelés « univers de données », définis par des ontologies. Ces graphes sont stockés dans une base de données orientée graphes, permettant une visualisation flexible et des expériences de low-code/no-code.
Une gestion fine des accès et des rôles
ChapsVision se distingue par son modèle de sécurité basé sur le contrôle d’accès attribué selon des attributs (ABAC). Cette approche permet de définir des droits d’accès en fonction de divers critères, comme l’identité de l’utilisateur et le contexte, rendant la plateforme compatible avec l’IA agentique.
ChapsVision ne sera pas le seul acteur à rivaliser avec Palantir, d’autres entreprises comme Siren.io, DataWalk et Neo4j s’engagent également sur ce marché.
Source : Le MagIT


