Des découvertes apportées à une nécropole déjà connue
Une récente opération archéologique a permis d’évaluer l’extension ouest de la nécropole antique de la Butte Saint-Jean, dont la limite est communément délimitée par l’avenue de Paris. Cette enquête a mis au jour un ensemble de six inhumations sur le versant occidental de la butte, à proximité immédiate de l’avenue de Paris et du parc Gouraud. Des éléments plus récents ont également été documentés, indiquant des transformations dans ce secteur dès 1843.
Le site de la nécropole antique est reconnu depuis le début du XIXᵉ siècle et a été l’objet de publications par la Société historique et archéologique de Soissons dès 1849. Depuis 2003, des recherches ont été menées grâce à l’archéologie préventive, notamment en raison des projets d’aménagement sur l’ancien site de la Caserne Gouraud. Bien que le cœur de la nécropole ait été fouillé depuis le début des années 2000, avec plus de 300 sépultures connues, c’est en 2026 qu’une opération a permis d’explorer les marges occidentales de cette nécropole.
Un nouvel espace funéraire mis au jour
Les fouilles réalisées par l’Inrap ont révélé plusieurs niveaux archéologiques liés à l’utilisation de cette partie de la nécropole. Parmi les six inhumations découvertes, trois concernent des adultes (deux femmes et un individu indéterminé), tandis que les trois autres sépultures sont celles de très jeunes défunts : l’un était âgé de 0 à 6 mois au moment de son décès, et le second de 36 à 40 semaines, in utero. Ces jeunes défunts montrent un soin particulier dans leur mode d’inhumation.
Les deux jeunes défunts ont été inhumés dans des fosses proches et recouverts d’éléments non destinés aux rites funéraires. L’un a été couvert de fragments d’amphores et d’une pierre plate, tandis que l’autre a été déposé dans deux tuiles concaves, formant un « cercueil ». Ce mode d’inhumation, inédit dans le nord de la Gaule, est plus commun dans le sud et le centre du pays.
Pour les adultes, deux inhumations ont été affectées par des aménagements récents, entraînant la perte de certains éléments du squelette. Aucun mobilier n’a été associé à ces sépultures, bien que les fosses aient été comblées de terre charbonneuse, indiquant une réutilisation des fosses pour des dépôts de rejets de crémation et/ou de curage de bûcher funéraire, accompagnés de pièces de mobilier céramique et métallique.
Des datations au Carbone 14 attribuent l’ensemble de ces sépultures au Ier siècle de notre ère, avec une date plafond au début du IIe siècle. En plus des inhumations, quatre fosses de rejets de crémation ont été documentées, certaines ayant livré du mobilier céramique et métallique.
Des éléments postérieurs à l’Antiquité
Les périodes médiévale et moderne n’ont pas été documentées en raison de l’impact des aménagements divers depuis le début du XIXᵉ siècle. La déviation de l’ancienne route de Paris, prévue dès 1842 pour permettre la construction d’un ouvrage militaire, a particulièrement marqué le site. À partir de 1843, une portion de cette route a été déviée sur le versant ouest de la Butte, facilitant la construction de fortifications à Soissons. Les vestiges de cette période témoignent de ces aménagements et de la mise en place d’un fossé bordier pour l’évacuation des eaux.
Conclusion
Cette opération archéologique, bien que limitée en surface, a permis de mettre en lumière l’extension ouest de la nécropole de la Butte Saint-Jean à Soissons. D’après les données anciennes et nouvelles, les marges occidentales de cette nécropole semblent avoir été atteintes.
Aménagement : Mairie de Soissons
Contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie, Drac Hauts-de-France
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Clément Hallu, Inrap
Source : Inrap