Anthropic domine le capital-risque mondial : quelles perspectives pour l’Europe ?
Le financement mondial du capital-risque a atteint un record de 510 milliards de dollars au premier semestre 2026, selon les données publiées par Crunchbase le 2 juillet 2026. Ce chiffre dépasse les 440 milliards investis sur l’ensemble de l’année 2025. Toutefois, cette somme globale masque une réalité préoccupante : l’intelligence artificielle (IA) capte plus de 70 % des investissements, tandis qu’une poignée d’acteurs américains, dont Anthropic, s’accaparent la majorité des fonds.
Un record qui repose sur quelques acteurs
Le premier trimestre 2026 a été le plus important jamais enregistré par Crunchbase, avec 305 milliards de dollars investis. Le deuxième trimestre, bien qu’en repli, reste le deuxième plus élevé, avec 205 milliards de dollars déployés sur plus de 5 000 startups. Plus de 70 % de ce capital a été dirigé vers des entreprises centrées sur l’IA, une augmentation significative par rapport à l’année précédente.
Anthropic : une concentration extrême des investissements
Près d’un tiers du financement mondial de capital-risque du deuxième trimestre a été attribué à Anthropic, qui a annoncé une série H de 65 milliards de dollars, portant sa valorisation à 965 milliards de dollars. À elle seule, Anthropic et OpenAI ont capté 217 milliards de dollars sur le semestre, représentant 43 % de l’ensemble du financement mondial des startups.
Une géographie du capital déséquilibrée
Deux tiers du capital investi au deuxième trimestre sont allés à des entreprises américaines. Bien que ce chiffre semble en recul par rapport aux 83 % du premier trimestre, il souligne une concentration géographique marquée. Dans le bilan semestriel de Crunchbase, la France n’est pas mentionnée, illustrant son absence dans ce panorama de financement.
Bulle ou concentration structurelle ?
La situation soulève des interrogations sur une éventuelle bulle. Cependant, les faits indiquent une sélection rigoureuse des investissements, où le capital est de plus en plus dirigé vers un nombre restreint de champions. Cette dynamique pourrait faire émerger des oligopoles, entraînant une dépendance accrue à quelques fournisseurs.
Ce qu’il reste à l’Europe et à la France
L’Europe a capté seulement environ 5 % des investissements mondiaux en IA en 2025, soit 5,9 milliards de dollars, alors que les États-Unis en concentraient près de 89 %. Le dernier tour de financement de Mistral AI, valorisé à 11,7 milliards d’euros, représente un contraste saisissant par rapport à la valorisation d’Anthropic.
La France a occupé la première place en Europe pour les levées de fonds en IA en 2025, avec 2,1 milliards de dollars. Toutefois, cette vitalité repose sur une base étroite, et sans la levée de Mistral, la baisse du capital-risque français aurait été de 26 %.
Une réponse politique à contretemps
Face à ce déséquilibre, l’Europe a lancé l’initiative InvestAI, visant à mobiliser 200 milliards d’euros pour l’IA. Cependant, ces efforts ne devraient pas porter leurs fruits avant 2027-2028, alors que le capital privé américain continue de se déployer rapidement.
Le capital se dirige massivement vers l’IA, laissant l’Europe et la France dans une position délicate, avec des investissements qui se concentrent ailleurs.
Source : Crunchbase, France Digitale-EY
