Andy Burnham doit redresser le pays : les défis immenses qui attendent le futur Premier ministre
« J’ai un plan », a déclaré Andy Burnham, promettant d’inverser « quatre décennies de néolibéralisme » qui, selon lui, ont conduit le Royaume-Uni à sacrifier les régions rurales et côtières, ainsi que les classes populaires. Le nouveau Premier ministre britannique entrera en fonctions lundi prochain, après avoir succédé à Keir Starmer à la tête du Parti travailliste ce vendredi. Son prédécesseur a été poussé à la démission après avoir essuyé une fronde interne et battu des records d’impopularité, bien qu’il ait conduit le parti à une large victoire en 2024.
Andy Burnham annonce un tournant dans la vie politique britannique, en critiquant le thatchérisme et les gouvernements travaillistes des dernières décennies. L’ancien maire de Manchester promet une politique plus à gauche, mais les défis qui l’attendent sont considérables. Il souhaite reproduire à l’échelle nationale les succès obtenus dans la métropole du nord de l’Angleterre. « Les défis sont les mêmes que ceux auxquels a dû faire face Keir Starmer avant lui : le Royaume-Uni est divisé avec beaucoup d’inégalités sociales, notamment entre le Nord et le Sud. Il est aussi très centralisé. Andy Burnham doit redresser le pays et redonner confiance aux Britanniques », explique Alma-Pierre Bonnet, maître de conférences en civilisation britannique à l’université Jean-Moulin Lyon 3.
Dernière chance des travaillistes face à Nigel Farage ?
Le « Roi du Nord », comme les Britanniques le surnomment, veut transférer des pouvoirs aux élus locaux. Il n’exclut pas de renationaliser certains secteurs et d’instaurer un impôt sur la fortune. Très populaire, le nouveau Premier ministre hérite d’un pays avec une dette publique élevée et une croissance en berne. « Il doit répondre aux fortes attentes que les Britanniques ont placées en lui après avoir été déçus par Keir Starmer. Andy Burnham apparaît comme le sauveur alors qu’il aura à faire face aux mêmes problèmes », observe Alma-Pierre Bonnet.
Au sein du Parti travailliste, certains voient en Andy Burnham la dernière chance pour éviter de livrer le Royaume-Uni à Reform UK lors des élections de 2029. La formation populiste et europhobe de Nigel Farage est en tête dans les sondages, malgré les préoccupations liées à son dirigeant, empêtré dans des affaires de dons opaques et de fréquentations sulfureuses.
Un socialisme ouvert aux entreprises
Le nouveau Premier ministre a été conforté par sa victoire dans une circonscription qui semblait promise à Reform UK, le parti qui a accéléré la chute de Keir Starmer en lui infligeant une lourde défaite aux élections locales du printemps 2026. « Si le Labour n’offre pas une vision positive pour le futur, il risque d’être relégué au second rang, comme les conservateurs qui se sont autodétruits à travers le Brexit », explique Alma-Pierre Bonnet.
Andy Burnham dispose d’atouts, mais suffiront-ils ? « Son idéologie, le « manchesterism », est un socialisme ouvert aux entreprises qui a conduit à un boom économique à Manchester », souligne l’universitaire. Le successeur de Keir Starmer souhaite garder ses distances avec Londres et prévoit même de créer une antenne du gouvernement dans le Nord, à Manchester. « Cette forme d’opposition à Londres pourrait être la bonne réponse aux interrogations du Brexit, qui était un rejet de Westminster et de l’élite londonienne », avance Alma-Pierre Bonnet.
Source : Le Progrès.
