Alstom : 104 milliards d’euros de commandes mais des inquiétudes financières persistantes
Alstom, le constructeur ferroviaire français, affiche un carnet de commandes record de 104 milliards d’euros, avec des contrats récents pour des TGV au Maroc, au Portugal, aux États-Unis et en France, ainsi que des rames de métro à Toronto, Belgrade, New York, Delhi et Paris. « On sort d’une année record avec environ 28 milliards d’euros de commandes et beaucoup d’options pour des achats supplémentaires », a déclaré Cyril Guérin, vice-président finance du groupe.
Cette dynamique place Alstom en position de leader dans le secteur, malgré un chiffre d’affaires de 19,2 milliards d’euros, inférieur à celui de son concurrent chinois CRRC, qui s’élève à 32,6 milliards d’euros. Alstom emploie 86 000 personnes, dont 12 000 en France.
Cependant, la situation financière d’Alstom suscite des préoccupations. Le 17 avril, l’action de l’entreprise a chuté de 30 % suite à l’annonce de résultats provisoires décevants. Les marchés s’inquiètent de marges plus faibles que prévu et d’un free cash-flow qui pourrait être proche de zéro cette année, un niveau jugé très bas pour une entreprise nécessitant des investissements importants pour honorer ses commandes.
André Fages, ingénieur chez Alstom et syndicaliste, a souligné que « avant que le train soit livré, il faut financer la recherche et le développement, les achats de matériaux, la mise à jour des lignes de production, les embauches… Tout est fait sur fonds propres et peut perturber l’équilibre financier ». Avec un ratio de commandes sur chiffre d’affaires de 1,4, Alstom doit accroître sa production pour respecter ses engagements, tandis que les marchés craignent une répétition des difficultés financières rencontrées en 2023.
Cyril Guérin a reconnu qu’Alstom avait traversé une « vraie crise de financement », mais a ajouté que la situation s’était améliorée grâce à une réduction de la dette de plus de 2 milliards d’euros. Le groupe avait alors gelé les dividendes, supprimé 1 500 postes et cédé des filiales.
La gestion de la trésorerie est délicate dans un secteur où les dépenses et les recettes fluctuent considérablement. Les contrats se déroulent en trois phases : la signature avec versement d’acomptes, une période d’investissement et enfin la livraison, qui entraîne des paiements mais aussi des frais variables. Alstom doit donc trouver un équilibre pour lisser cette courbe financière.
Des retards dans la livraison de certains trains, comme le TGV M prévu pour l’été 2024, compliquent encore la situation. Ces retards entraînent des pénalités et décalent les recettes, ajoutant une incertitude supplémentaire au processus financier d’Alstom.
L’entreprise doit également faire face à des défis internes, notamment un excès de strates hiérarchiques et des difficultés liées au rachat de Bombardier en 2021, qui a laissé un portefeuille de commandes déficitaire. Pour maintenir sa trésorerie, Alstom doit veiller à ne pas sacrifier ses employés, car le manque de main-d’œuvre qualifiée pourrait compromettre sa capacité à répondre à la demande croissante.
Source : Alternatives Économiques



