Alice Seeley Harris : La dénonciation des horreurs de la colonisation belge au Congo
En 1904, un homme nommé Nsala de Wala, accablé par la perte de sa famille, présente des preuves de massacres commis par les gardes de l’Anglo-Belgian India Rubber Company (Abir) dans l’État indépendant du Congo. Il déploie devant Alice Seeley Harris, missionnaire britannique, le corps mutilé de sa fille de cinq ans, Boali. Cette scène tragique incite Harris à immortaliser cette horreur avec son appareil photo, faisant de la photographie un outil de dénonciation des atrocités coloniales.
Au début du XXe siècle, le Congo est la propriété personnelle du roi belge Léopold II, qui exploite les ressources naturelles du territoire, notamment le caoutchouc, pour son profit. Les travailleurs congolais, comme Nsala, sont soumis à des conditions inhumaines. L’Abir, dont Léopold II est propriétaire, impose des quotas de récolte de caoutchouc, entraînant violences, incarcérations et assassinats des Congolais qui ne les atteignent pas.
Harris, installée dans la colonie depuis 1898, se consacre initialement à l’enseignement, mais elle devient rapidement témoin des atrocités coloniales. Elle utilise ses retours en Grande-Bretagne pour alerter l’opinion publique sur les mutilations infligées aux Congolais, déclarant que les récits de ces horreurs étaient souvent reçus avec scepticisme.
Pour sortir l’Europe de son déni, Harris utilise un Kodak Brownie, projetant des photographies lors de plus de 200 conférences. Ces images, montrant des victimes de mutilations, suscitent l’indignation. Les publications de ces témoignages, y compris celles de l’écrivain Arthur Conan Doyle, mettent en lumière la brutalité du régime de Léopold II.
En 1908, face à la pression internationale, le gouvernement belge annexe l’État indépendant du Congo, qui devient le Congo belge, mettant fin à la propriété personnelle de Léopold II. Le roi meurt un an plus tard, son enterrement étant marqué par des manifestations hostiles.
Cet engagement de Harris a contribué à une prise de conscience croissante des atrocités commises sous le régime colonial belge, marquant un tournant dans la perception de la colonisation en Europe.
Source : L’Humanité


