Air pur à Rouyn-Noranda : Pourquoi attendre jusqu’en 2033 ?
À l’occasion de la Journée de l’air pur, célébrée le 3 juin, le groupe Mères au front a demandé au gouvernement du Québec de suspendre l’adoption de l’article 70.16 du projet de loi 11. Ce dernier prévoit de prolonger jusqu’en 2033 un régime d’exception environnemental et sanitaire accordé à la Fonderie Horne, exploitée par la multinationale Glencore.
Ce régime d’exception permettrait à la Fonderie Horne de continuer à bénéficier de normes d’émissions atmosphériques distinctes de celles en vigueur ailleurs au Québec. Actuellement, la norme québécoise pour l’arsenic dans l’air ambiant est fixée à 3 ng/m³, alors que des concentrations mesurées atteignaient 40,9 ng/m³ en 2025, soit plus de treize fois la norme provinciale. Ce maintien soulève des préoccupations concernant l’exposition de la population aux contaminants atmosphériques et l’équité des protections environnementales.
Depuis l’entrée en vigueur du Programme de réduction des rejets industriels en 1988, les cibles de réduction des émissions de la Fonderie Horne ont été reportées à plusieurs reprises. Alors que d’autres entreprises ont investi pour moderniser leurs installations et respecter les normes environnementales, Glencore a bénéficié d’un régime d’exception prolongé. Des recommandations pour une réduction substantielle de la pollution atmosphérique avaient déjà été formulées au début des années 2000. Malgré les ressources financières de l’entreprise, le gouvernement semble prêt à accorder un nouveau délai pour atteindre les objectifs de protection de la santé publique et de l’environnement.
Les impacts sanitaires associés à cette situation ont été soulignés par plusieurs autorités de santé, y compris la Direction régionale de santé publique de l’Abitibi-Témiscamingue et le Collège des médecins du Québec. Des études ont démontré que le risque cancérigène lié à l’exposition à l’arsenic est environ 100 fois supérieur à ce qui est considéré comme acceptable ailleurs au Québec.
Mères au front plaide pour la nécessité d’une évaluation indépendante et transparente par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) afin d’examiner les impacts sanitaires de cette prolongation, les coûts pour le système de santé, ainsi que les retombées économiques de la Fonderie Horne pour la région.
Avant de prolonger jusqu’en 2033 ce régime d’exception, le gouvernement a la responsabilité de prouver que sa décision est fondée sur l’intérêt public et sur des faits concrets.
Source : Mères au front.