Sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, un afflux de randonneurs sans précédent
« L’autoroute de Compostelle ». C’est ainsi que certains journalistes et influenceurs décrivent les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, particulièrement durant la saison estivale. Des milliers de randonneurs affluent vers la capitale de la Galice, en Espagne, pour atteindre leur objectif : la Compostela, un certificat attestant de leur parcours, obtenu après avoir marché au moins 100 kilomètres jusqu’à la cathédrale. En 2022, plus de 530 000 pèlerins ont reçu ce précieux document, un chiffre doublé par rapport à 2015. Les Espagnols constituent le principal groupe de marcheurs, représentant environ 43 % des pèlerins en 2025, suivis des Américains et des Italiens.
Cette popularité croissante transforme une expérience traditionnellement solitaire et introspective en un véritable phénomène touristique. Cette évolution suscite des préoccupations parmi les habitants locaux, qui constatent une augmentation des loyers et un remplacement des commerces alimentaires par des boutiques de souvenirs.
Le secrétariat de l’agence française des chemins de Compostelle tempère cette image d’invasion touristique. Avec plus de 1 500 km d’itinéraires reliant le Puy-en-Velay à Saint-Jacques, la capacité d’accueil peut théoriquement supporter un demi-million de visiteurs par an. Laure Koupaliantz, directrice de l’agence, souligne qu’il s’agit plutôt d’une saturation ponctuelle des services à certains endroits. Elle met en garde sur la nécessité de préparer son voyage, notamment en ce qui concerne l’hébergement, qui peut s’avérer problématique dans des zones moins urbanisées.
Les chemins de Saint-Jacques attirent également d’autres types de randonneurs, motivés par le défi sportif ou la recherche d’aventure. L’agence incite les pèlerins à explorer différentes routes, certaines étant plus adaptées à la saison. Le « Camino francés », reliant Saint-Jean-Pied-de-Port à Saint-Jacques, reste le plus fréquenté, mais sa part est passée de plus de 80 % des pèlerins il y a vingt ans à seulement 45 % aujourd’hui.
D’autres itinéraires, comme le « Camino portugués » et le « Camino inglés », gagnent en popularité, tandis qu’en France, plusieurs voies convergent vers le « Camino francés », notamment celle du Puy-en-Velay.
En 2027, le parcours célébrera les quarante ans de sa reconnaissance comme « itinéraire culturel » par le Conseil de l’Europe. Cette labellisation, obtenue en 1987 par la Fédération européenne des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, a permis à d’autres itinéraires de rejoindre ce répertoire prestigieux.
La multiplication des itinéraires culturels, bien qu’elle ne soit pas une stratégie délibérée des États membres, crée un cercle vertueux. Les organisations qui obtiennent cette certification bénéficient de financements européens accrus et d’une visibilité qui peut aider à diversifier les flux touristiques.
En somme, la notoriété croissante des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle pose des défis et des opportunités, tant pour les pèlerins que pour les communautés locales.
Source : L’Express


