Ça se bouscule au portillon lunaire

Ça se bouscule au portillon lunaire

L’exploration lunaire connaît un nouvel essor avec la montée en puissance de plusieurs nations et entreprises, se positionnant sur les pas de tir après les États-Unis. La Corée du Sud, l’Inde, le Japon, la Russie et les Émirats arabes unis sont en pleine course pour des missions lunaires, tandis que des acteurs privés s’invitent également dans la compétition.

Selon Clive Neal, professeur à l’université Notre-Dame, « en cas de succès, nous aurons un accès plus fréquent au sol lunaire, la collecte de davantage de données et, in fine, d’échantillons ». Cette dynamique suscite un enthousiasme palpable parmi les scientifiques, qui voient dans la Lune un tremplin pour l’exploration humaine du Système solaire.

Parmi les missions prévues, Danuri, ou Korean Pathfinder Lunar Orbiter (KPLO), lancée en août dernier par SpaceX, devrait entrer en orbite lunaire à la mi-décembre. Équipée de cinq instruments, dont la ShadowCam, fournie par la NASA, elle vise à fournir des images haute résolution des zones lunaires plongées dans l’ombre, tout en recherchant de la glace d’eau dans les cratères polaires.

Un autre instrument, PolCam, permettra de réaliser la première carte de la Lune en lumière polarisée, apportant des informations sur la structure et la composition des matériaux lunaires. Chae Kyung Sim de l’Institut coréen d’astronomie souligne que cette carte facilitera le choix des sites d’alunissage pour les futures missions.

Mystérieux magnétisme lunaire

Le magnétomètre KMAG, également à bord de la sonde coréenne, pourrait éclairer la question du champ magnétique de la Lune, qui aurait été puissant dans sa jeunesse malgré un noyau de fer liquide relativement petit.

Au Japon, la mission Slim marquera la première incursion du pays sur le sol lunaire. Prévue avant mars 2023, elle expérimentera une technologie d’alunissage de précision, se posant à moins de 100 mètres de son objectif. Cette mission a pour but de faciliter l’exploration des régions polaires, potentiellement riches en glace d’eau.

L’ombre de la guerre en Ukraine

La mission Luna-25, prévue pour juin 2023, sera la première mission russe depuis 1976. Cependant, elle a été retardée en raison du conflit en Ukraine, et l’Agence spatiale européenne s’est retirée du projet. Si elle réussit, elle sera la première à se poser près du pôle Sud lunaire.

Que la meilleure gagne !

Les États ne sont pas les seuls à viser la Lune. La NASA encourage également les entreprises à participer, rendant la compétition ouverte. Au Japon, iSpace prévoit de lancer son alunisseur M1, qui emportera des rovers conçus par la Jaxa et les Émirats arabes unis. Ce rover, bien que de petite taille, est équipé d’instruments avancés pour étudier le régolithe lunaire.

Des reports dans la plus grande discrétion

La mission indienne Chandrayaan-3, après l’échec de Chandrayaan-2 en 2019, vise également à explorer le pôle Sud. Prévue pour août dernier, son lancement a été reporté sans communication claire de l’ISRO.

La compétition pour la Lune est désormais marquée par des ambitions géopolitiques, où chaque nation espère faire valoir ses capacités scientifiques et technologiques. Comme le souligne Mahesh Anand, planétologue à l’université ouverte de Milton Keynes, « ce qu’on observe aujourd’hui a mis dix ans à se mettre en place, mais je pense que ce n’est que le commencement ».

Source : Pour la Science

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