Affaire Pegasus : une vérité ancienne
Les relations entre le Gabon et le Maroc, longtemps présentées comme exemplaires, sont désormais remises en question suite aux révélations concernant l’utilisation du logiciel espion Pegasus par les services secrets marocains. Ce logiciel, développé par l’entreprise israélienne NSO Group, permet un accès quasi-illimité aux contenus des téléphones portables, incluant messages, appels, et documents confidentiels.
L’enquête menée par Forbidden Stories, soutenue par Reporters sans frontières et Amnesty International, a révélé que plusieurs personnalités gabonaises, telles que Jean Ping, Dieudonné Minlama Mintogo, Brice Laccruche-Alihanga et Noureddin Bongo Valentin, ont été placées sous surveillance. Cela soulève des questions sur la nature de la coopération entre le Gabon et le Maroc, traditionnellement décrite comme une amitié solide et une confiance réciproque.
Historiquement, Rabat a joué un rôle crucial dans la sécurité de la dynastie Bongo, notamment sous Omar Bongo, où des gendarmes marocains assuraient la protection du président. Ali Bongo, successeur de son père, a continué cette collaboration, renforçant les liens diplomatiques avec le roi Mohammed VI.
Les révélations sur Pegasus incitent à reconsidérer cette coopération, interrogeant le soutien sincère d’un partenaire privilégié. Pourquoi un pays ami ressentirait-il le besoin de surveiller des responsables gabonais ? Cette situation met également en lumière une ingérence potentielle et une atteinte à la souveraineté du Gabon.
En outre, l’accident de Riyad en octobre 2018, où Ali Bongo a été transféré à Rabat pour des raisons médicales, soulève des interrogations sur les influences politiques ayant pu orienter cette décision.
Actuellement, les technologies de surveillance échappent souvent à un contrôle démocratique adéquat. Les garanties avancées par les États utilisateurs s’avèrent souvent insuffisantes, transformant d’anciens alliés en cibles potentielles. L’affaire Pegasus rappelle ainsi une réalité des relations internationales : les États n’ont pas d’amis permanents, mais des intérêts permanents.
Les révélations incitent le Gabon à renforcer la protection de ses informations stratégiques et à envisager une coopération internationale fondée sur la transparence et le respect mutuel.
Source : Gabonreview.com
