Affaire Patrick Bruel : La justice avait largement de quoi enquêter dès 2019
Treize victimes ont été recensées par les enquêteurs, avec une garde à vue prolongée de 24 heures et de nouvelles plaintes pour viol et tentative de viol. Sept ans après les premières plaintes à l’encontre de Patrick Bruel, l’affaire a pris une ampleur inédite.
Depuis les révélations de Mediapart en mai, environ une trentaine de femmes se sont exprimées dans la presse, affirmant avoir été victimes de Patrick Bruel. Elles dénoncent des faits de viol, de tentative de viol, d’agression sexuelle et d’exhibition sexuelle, survenus entre 1991 et 2019 en France, en Belgique et au Canada. Le chanteur de 67 ans, qui conteste ces accusations, est actuellement entendu par la police judiciaire à Paris concernant des « faits qui concernent à ce stade 13 victimes », selon le parquet de Nanterre.
L’accélération des procédures judiciaires soulève des questions sur les raisons pour lesquelles les premiers signalements n’ont pas conduit à des investigations plus approfondies en 2019. Marine Turchi, journaliste à Mediapart, a indiqué avoir trouvé dans la procédure de 2019 que neuf femmes avaient contacté la justice, alors que seulement quatre avaient été rapportées publiquement. « Quatre dénonçaient des faits non prescrits. La justice avait largement de quoi s’emparer de l’affaire, enquêter et avancer », a-t-elle déclaré.
L’affaire a débuté à l’été 2019 avec le signalement d’une masseuse au Radisson Blu de Porticcio, en Corse-du-Sud. La jeune femme a affirmé que Bruel avait refusé de porter le sous-vêtement jetable habituellement utilisé lors des massages et avait retiré la serviette qui le recouvrait. Suite à la révélation de l’affaire, plusieurs autres femmes se sont manifestées, décrivant des comportements similaires.
En 2020, la procédure a été classée sans suite, une décision qui a eu des conséquences durables sur la volonté des femmes à témoigner. Patrick Bruel a continué à participer à des événements publics majeurs, malgré les accusations.
La journaliste Marine Turchi et l’avocate Me Carine Durrieu-Diebolt soulignent que l’accumulation de récits concordants pourrait constituer un élément central dans les enquêtes de violences sexuelles. Une étude de l’Institut des politiques publiques, publiée en 2024, indique que 86 % des procédures pour violences sexuelles font l’objet d’un classement sans suite.
L’affaire Bruel met en lumière les défis structurels du traitement judiciaire des violences sexuelles, notamment lorsque l’auteur présumé est une personnalité publique. La question du traitement des plaintes reste ouverte, alors que l’enquête se poursuit avec un nombre croissant de témoignages.
Source : France 24
