Affaire Lyhanna : les Barnahus, le modèle islandais pour mieux traiter les violences sur mineurs
C’est une maison ordinaire, située dans un quartier résidentiel de Reykjavik, la capitale islandaise. Elle n’a ni l’allure d’un commissariat, ni celle d’un hôpital. À l’intérieur, des murs colorés et des jouets. En pénétrant dans cette toute première structure Barnahus, littéralement « maison pour enfants » en islandais, ouverte en 1998, les enfants doivent avoir le sentiment de se rendre dans un lieu familier plutôt que dans un bâtiment officiel. Tout est conçu pour les apaiser, alors qu’ils viennent se confier ici sur des agressions subies.
Sous ce toit réconfortant, des équipes spécialisées se consacrent à la prise en charge des violences sur mineurs : policiers, magistrats, médecins, psychologues et services de protection de l’enfance. Tous coopèrent pour recueillir la parole de l’enfant, enregistrer sa plainte et lui offrir le meilleur accompagnement possible au cours du processus judiciaire. Cette approche globale et pluridisciplinaire est menée dans une structure unique.
L’idée est née en Islande au milieu des années 1990, alors que le pays fait face à plusieurs affaires de violences sur mineurs. Les lacunes de son système de protection de l’enfance apparaissent alors au grand jour : un réseau fragmenté entre 180 services locaux pour traiter ce genre d’affaire, et un manque de collaboration entre les unités d’enquête, les soins médico-légaux et la justice. Cela pousse à soumettre les enfants victimes à de trop nombreux interrogatoires répétés, qui réactivent à chaque fois leur traumatisme.
Bragi Gudbrandsson, haut fonctionnaire islandais et expert des droits de l’enfant, a récemment déclaré dans un podcast que le système était incapable de traiter ces cas, avec plus de 100 cas par an gérés dans différents secteurs. Il a alors mis sur pied le premier Barnahus à Reykjavik, rassemblant tous les services compétents sous un même toit pour mener simultanément les enquêtes criminelles et celles sur la protection de l’enfance.
Le modèle Barnahus attire rapidement l’attention d’autres pays européens. En 2015, il est reconnu comme une pratique prometteuse par le Conseil de l’Europe, qui incite d’autres États membres à l’adapter. Marija Pejcinovic Buric, secrétaire générale du Conseil, a souligné en novembre 2022 que la prise en charge des enfants nécessite un soutien coordonné et bienveillant, plutôt qu’un système fragmenté.
Depuis l’ouverture du Barnahus de Reykjavik, 32 maisons similaires ont vu le jour en Suède, 11 en Norvège et 5 au Danemark. L’Espagne a également adopté ce modèle avec 14 maisons ouvertes en Catalogne. Les autorités catalanes ont rapporté en 2024 que le nombre de cas détectés de violences sexuelles sur mineurs a doublé par rapport à l’année précédente, suite à ce déploiement.
D’autres pays, comme l’Allemagne et l’Italie, développent des projets similaires, mais sans standardisation sous l’appellation Barnahus. L’initiative européenne « Promise », mise en place entre 2015 et 2023, vise à créer des standards européens pour ces projets afin d’harmoniser les pratiques.
En France, plusieurs dispositifs inspirés de ce modèle existent, mais restent hétérogènes et non intégrés dans le réseau international des Barnahus. En 2024, des universitaires européens ont conclu que les Barnahus, bien qu’elles ne constituent pas des solutions « miracle », ont contribué à une transformation des systèmes de justice, de santé et de protection de l’enfance, davantage centrés sur les besoins de l’enfant.
Source : La Croix
