« Même à titre posthume, j’ai l’espoir que justice soit rendue à mon fils » : après l’affaire Lyhanna, la longue attente des victimes de violences sexuelles
Publié le 14/09/2026 à 06h15
Après la mort de Lyhanna, 11 ans, à Fleurance, deux familles racontent le même engrenage : un enfant qui parle, une plainte classée sans suite, des années perdues. Guillaume s’est donné la mort en 2021. Loumea attend un procès, 17 ans après avoir porté plainte.
Ce jour-là, des rassemblements spontanés se tiennent devant les palais de justice à travers la France. L’affaire Lyhanna, déclenchée par la mort d’une fillette de 11 ans à Fleurance, dans le Gers, dont le principal suspect est un habitant de la commune, Jérôme Barella, suscite une intense émotion.
Sandrine et sa fille Adélaïde, 27 ans, se trouvent devant le tribunal judiciaire de Toulouse. Elles acceptent de partager leur histoire et le drame vécu par Guillaume, fils de l’une, frère de l’autre. À 10 ans, Guillaume révèle à sa mère les viols répétés commis par un cousin, de douze ans son aîné. Depuis son enfance, il souffre de cauchemars et de terreurs nocturnes. Un jour, dans la voiture, il confie à sa mère ce que son cousin lui fait subir, des viols sous la menace d’un couteau : « Si tu parles, je tue ta mère. »
Sandrine porte plainte à Crépy-en-Valois, dans l’Oise. Guillaume est entendu à trois reprises par les gendarmes, sans la présence de sa mère. Après deux ans d’enquête, le parquet classe le dossier sans suite. Guillaume tente d’écrire au procureur de la République, mais la justice reste sourde.
La famille déménage dans le Gers, coupant tout contact avec la branche paternelle. Guillaume subit du harcèlement scolaire et tombe en dépression. Il met fin à ses jours en 2021 à l’âge de 27 ans. Avant sa mort, il recherche en ligne les conséquences des violences sexuelles sur les mineurs.
Sa famille reprend le combat judiciaire en déposant une nouvelle plainte. Cinq ans de procédure s’écoulent sans que le cousin mis en cause ne soit entendu. Pour leur avocate, Me Guedj-Benayoun, ces défaillances sont inexplicables. Les proches attendent désormais le nouveau classement sans suite pour saisir la chambre de l’instruction. « Même à titre posthume, j’ai l’espoir que justice soit rendue à mon fils », confie Sandrine.
Loumëa, également présente devant le palais de justice, partage son indignation. Elle dit avoir été victime d’inceste de la part de son père, violée dès l’âge de 2 ans. Malgré des signalements, aucune enquête n’est menée. À 11 ans, elle dépose plainte, mais celle-ci est classée sans suite. Loumëa traverse alors une période sombre, soutenue par une infirmière du collège. En 2016, sa demi-sœur porte plainte contre leur père. Cet homme sera jugé en novembre prochain aux assises d’Albi, après dix-sept ans de procédure.
Michel Huyette, ancien magistrat, souligne le manque de moyens dans le système judiciaire. « Si vous avez du personnel prévu pour travailler sur 20 dossiers par jour et que vous en avez 40 ou 50, ce n’est pas tenable. »
L’affaire Lyhanna a pris une tournure politique, avec l’annonce par le garde des Sceaux de l’examen des 85 047 plaintes en cours pour violences sexuelles sur enfants. Les délais de traitement des plaintes sont jugés trop longs, souvent de cinq à sept ans.
Des manifestations devant les palais de justice ont repris, appelant à une loi intégrale pour définir spécifiquement l’inceste et abolir la prescription pour les violences sexuelles sur mineurs.
Source : France 3 Régions

