Comment l’agriculture peut‑elle s’adapter aux étés de plus en plus secs ?

Comment l’agriculture peut-elle s’adapter aux étés de plus en plus secs ?

Lorsque l’été arrive, les précipitations se raréfient sur une grande partie du territoire français, entraînant souvent un manque d’eau pour les cultures. Pour leur développement, celles-ci puisent l’eau nécessaire dans le sol. Toutefois, lorsque cette ressource s’épuise, l’irrigation peut intervenir pour sécuriser les rendements de certaines cultures.

Mais l’irrigation n’est pas le seul levier d’action : la sélection d’espèces adaptées et l’adoption de pratiques agricoles appropriées peuvent également renforcer la résilience de l’agriculture face à la sécheresse.

Une agriculture responsable de plus de la moitié des consommations d’eau

L’irrigation, qui repose sur des prélèvements dans les hydrosystèmes (nappes, rivières, lacs), représente actuellement de 7 à 12 % des prélèvements d’eau en France, mais environ 60 % des consommations. La différence entre ces deux chiffres s’explique par le fait que l’eau prélevée pour les cultures ne retourne pas immédiatement aux rivières ou aux nappes, car elle s’évapore ou est absorbée par les plantes. En revanche, pour d’autres usages, comme le refroidissement des centrales électriques, l’eau prélevée est en grande partie restituée aux hydrosystèmes.

En période estivale, l’irrigation peut atteindre 90 % de la consommation dans certaines régions, comme la zone méditerranéenne et le sud-ouest de la France, même lorsque les débits des cours d’eau sont au plus bas. Cela génère des tensions entre les différents usages de l’eau et la nécessité de préserver les écosystèmes naturels.

De moins en moins d’eau disponible et des besoins en hausse

Le changement climatique aggrave cette situation. Pour chaque degré de réchauffement supplémentaire, l’évaporation augmente d’environ 7 %, ce qui accentue la raréfaction de l’eau disponible et la pression sur les nappes et rivières. L’agriculture se retrouve dans un paradoxe : les besoins en eau des cultures vont augmenter avec les températures, tandis que les ressources en eau dans les hydrosystèmes diminueront en raison de sécheresses plus fréquentes et plus longues.

Face à cette double pression, l’enjeu consiste à réduire les prélèvements agricoles dans les hydrosystèmes en diminuant les besoins en eau des cultures et en favorisant l’infiltration et le stockage de l’eau dans les sols.

Sélectionner des espèces adaptées

Une approche consiste à choisir des espèces résistantes au stress hydrique ou des variétés tolérantes à la sécheresse. Cependant, il est crucial de trouver un équilibre entre la capacité à résister au manque d’eau et le maintien d’un bon rendement. En effet, lorsqu’une plante manque d’eau, elle peut investir davantage de ressources dans le développement de ses racines pour explorer un plus grand volume de sol, ce qui peut compromettre la croissance des parties récoltées.

La capacité des sols à infiltrer et stocker l’eau

La capacité des sols à stocker l’eau dépend de leurs propriétés, telles que la texture (proportion de sable, limon et argile) et la teneur en matière organique. Ces éléments influencent la quantité d’eau que le sol peut retenir et la manière dont elle y circule. Les pratiques agricoles peuvent également favoriser une bonne structuration des sols, facilitant ainsi l’infiltration de l’eau et limitant le ruissellement.

L’agroécologie pour un meilleur stockage de l’eau dans le sol

Les pratiques agroécologiques, qui visent à préserver les ressources naturelles, sont au cœur de cette adaptation. Cela inclut la couverture végétale pour limiter l’évaporation, les rotations de cultures pour améliorer la structure du sol, et la réduction du travail du sol pour préserver sa porosité.

Des pratiques qui se complètent

Ces pratiques sont souvent combinées par les agriculteurs, comme les couverts végétaux permanents et la diversification des rotations, qui constituent les piliers de l’agriculture de conservation des sols. Des recherches, comme le programme BAG’AGES dans le bassin Adour-Garonne, montrent que ces méthodes peuvent améliorer durablement le fonctionnement hydrique des sols, augmentant leur capacité à retenir l’eau.

Repenser le rôle de l’irrigation

Bien que l’irrigation demeure nécessaire pour certaines cultures sensibles au stress hydrique, il est essentiel de reconsidérer son usage dans le cadre d’une transition agroécologique. Le projet TAI-OC (Transition agroécologique et irrigation en Occitanie) s’inscrit dans cette démarche, en explorant des pratiques d’irrigation qui renforcent les fonctions écologiques des agroécosystèmes.

Vers un nouveau modèle de gestion de l’eau ?

Ces pratiques agroécologiques commencent à être intégrées dans des projets de gestion de l’eau, visant à établir un équilibre durable entre les usages de l’eau, la disponibilité de la ressource et la qualité des milieux aquatiques. La gestion quantitative de l’eau et la transformation des systèmes agricoles doivent être pensées conjointement pour mieux s’adapter aux sécheresses futures.

Source : INRAE, TAI-OC, BAG’AGES.

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