Accord entre Washington et Téhéran : Donald Trump a-t-il atteint ses objectifs de guerre ?
Ce lundi 15 juin, les États-Unis et l’Iran ont annoncé un accord-cadre visant à mettre fin aux hostilités, y compris au Liban. Cette nouvelle a été relayée par le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, qui a agi en tant que médiateur principal. « Les deux parties ont déclaré l’arrêt immédiat et permanent des opérations militaires », a-t-il déclaré sur X. La cérémonie de signature est prévue pour le vendredi 19 juin en Suisse, suivie d’une période de négociations de 60 jours sur des questions délicates, notamment l’uranium iranien.
Des dirigeants des deux camps se sont hâtés de proclamer une victoire diplomatique. Sur son réseau Truth Social, Donald Trump a qualifié l’accord de « formidable », affirmant que tous ses prédécesseurs avaient échoué à établir la paix avec Téhéran, sauf lui. Cependant, la réalité est plus nuancée. Au début de la guerre, ses ambitions étaient explicites : « Notre objectif est de protéger le peuple américain en éliminant les menaces imminentes émanant du régime iranien », avait-il déclaré.
Trump avait promis de « détruire » les capacités militaires iraniennes, y compris l’industrie militaire et la marine. Il avait également évoqué la nécessité d’empêcher les groupes terroristes soutenus par Téhéran de déstabiliser la région. Malgré ces déclarations, peu de ses objectifs initiaux semblent avoir été atteints.
La destruction des missiles iraniens et des proxys
Durant les négociations, Washington n’a pas mis l’accent sur la réduction des programmes de missiles balistiques iraniens ni sur la lutte contre les proxys au Moyen-Orient. La marine iranienne n’a pas été discutée non plus. Selon Dan Cain, chef d’état-major, plus de 90 % de la flotte iranienne aurait été coulé. Toutefois, des experts comme Nick Carl, de l’American Enterprise Institute, soulignent que des dommages considérables ont été infligés, mais cela ne signifie pas nécessairement une destruction totale.
Cette question est cruciale pour Israël, qui mène actuellement une guerre contre le Hezbollah au Liban. Brian Katulis, du Middle East Institute, a déclaré que si l’accord était effectivement mis en œuvre, il laisserait un régime iranien « brutal » en place, capable de menacer la région avec ses missiles et son réseau de mandataires.
L’enrichissement nucléaire
Le vice-président américain a salué l’accord comme une victoire dans l’élimination de la menace nucléaire iranienne. Cependant, les experts demeurent sceptiques. L’Iran a souvent démenti toute intention de développer des armes nucléaires, rendant les assurances américaines peu convaincantes. Les détails de l’accord restent flous, et l’avenir du programme nucléaire iranien semble sujet à de nouvelles négociations.
Le soulèvement populaire
Sur la question du changement de régime, Trump a récemment déclaré qu’il n’y avait jamais été intéressé. Alors qu’il espère sortir rapidement de la guerre, il privilégie désormais la négociation avec le gouvernement iranien plutôt que d’inciter à un soulèvement populaire. Avant le conflit, le régime iranien était déjà affaibli par des manifestations internes. Aujourd’hui, malgré les tensions, le régime semble moins menacé.
La réouverture du détroit d’Ormuz
Trump a également annoncé la réouverture du détroit d’Ormuz sans frais, levant ainsi le blocus naval américain. Ce détroit, crucial pour le transport de pétrole, avait été bloqué, entraînant une flambée des prix du carburant. Les cours du pétrole ont chuté de 5 % ce lundi matin, ce qui pourrait alléger la pression sur les consommateurs avant les élections de mi-mandat.
Cependant, l’accord est perçu par certains comme une solution temporaire à une crise que la guerre elle-même a exacerbée. De plus, des clauses ajoutées par Téhéran stipulent l’imposition de redevances pour les services maritimes dans le détroit, soulevant des questions sur la véritable portée de l’accord.
Source : L’Express
