Abandons sauvages : « Les animaux sont mieux avec nous qu’avec ces personnes non responsables »
Difficile d’abandonner officiellement une portée de chatons, de chiots ou d’animaux adultes. Alors certains préfèrent raconter qu’ils les ont trouvés et les mettent à l’abri dans un refuge ou un commissariat. C’est l’un des scénarios de « l’abandon sauvage. »
Pour abandonner un animal, certains affirment qu’ils l’ont trouvé. Les refuges d’assistance aux animaux ont l’habitude de cette pratique. La SPA de Salon-de-Provence, un refuge à Barcelonnette et dans les quartiers Nord de Marseille, nous racontent ces mises en scène. « Ils étaient sur un parking », « dans un champ », « au fond d’un carton ». En fait, la portée était chez eux. Un habitant de Sénas (Bouches-du-Rhône) a confié à la Société Protectrice des Animaux une portée de malinois, trois femelles et un mâle, en prétendant les avoir trouvés « en divagation en face de chez lui ».
Le malinois est un chien de travail, utilisé dans des interventions comme les incendies, les avalanches ou les tremblements de terre. Un chiot de cette race vaut entre 1 500 et 2 000 euros, ce qui soulève des questions sur les motivations des propriétaires après avoir élevé les animaux pendant plusieurs mois.
« Ça peut arriver avec des élevages clandestins, » explique Philippe Adam, président de la SPA de Salon-de-Provence. « Ils abandonnent rapidement les chiots quand ils sentent qu’ils vont être découverts. »
Une portée non désirée peut également se transformer en abandon sauvage. Ces bébés animaux, souvent considérés comme des nuisances, sont parfois simplement mis dans une boîte pour résoudre le problème.
« C’est la police municipale ou les gendarmes qui doivent les gérer. Étant donné que notre SPA est aussi une fourrière, la police nous contacte, et nous venons les chercher, » poursuit Philippe Adam. « Avec notre expérience, nous sommes devenus un peu paranos. Souvent, on est à peu près sûrs que les animaux appartiennent à la personne présente, mais on ne va pas se transformer en inspecteur, c’est l’intérêt de l’animal qui prédomine. »
Le plus important, c’est qu’ils ne repartent pas avec ces gens. Les animaux sont mieux avec nous qu’avec des personnes non responsables.
Philippe Adam, président de la SPA de Salon-de-Provenceà ICI Provence-Alpes
Un abandon peut aussi être officiel, par exemple lorsqu’une personne part en maison de retraite ou n’a plus les moyens de s’en occuper. Ce refuge impose un temps de réflexion avant l’abandon définitif. « 645 animaux ont été adoptés chez nous en 2025. Et ils sont aussi nombreux dans le refuge. C’est sans fin. »
La seule chance de ces chiots malinois, au début de vie chahuté, est d’être jeunes et beaux. « Ils trouveront des maîtres rapidement. »
Certains cadeaux de Noël non désirés finissent également ici. D’ailleurs, ce refuge déconseille vivement d’offrir un animal : « Pour que ça fonctionne, il faut que ce soit une adoption. »
Au fond de la vallée de l’Ubaye, un petit refuge nommé Audacce accueille une cinquantaine de chiens. Chloé Bellen, bénévole au refuge, indique que « quand une personne se présente avec l’animal, son comportement nous met la puce à l’oreille. » Souvent pressée, elle veut vite remplir les formulaires, alors que le chien est calme.
L’équipe du refuge mène alors sa petite enquête. « La photo du chien est mise en ligne sur les réseaux sociaux, d’autres refuges sont contactés pour savoir s’ils ont reçu des demandes d’abandon, » explique une bénévole. Cent euros sont alors demandés par le refuge à la personne qui a abandonné l’animal, servant à le vacciner, le castrer et le pucer.
Dans les refuges, les professionnels ne sont pas dupes. Ils connaissent les arguments de ces « abandons dissimulés » et tentent de faire face à ces agissements de plus en plus fréquents.
Source : ICI Provence-Alpes.
