À Gaza, les femmes dirigent un foyer sur quatre – deux fois plus qu’avant la guerre
Selon un nouveau rapport de l’agence onusienne ONU Femmes, 86 290 foyers sont aujourd’hui dirigés par des femmes dans l’enclave palestinienne. Ce chiffre inclut des veuves ainsi que des femmes dont le mari a disparu, est détenu ou grièvement blessé.
Cette nouvelle responsabilité impose à ces femmes de subvenir aux besoins de leur famille, d’obtenir un abri, d’accéder à l’aide humanitaire et de protéger leurs enfants. « La douleur et la souffrance vont bien au-delà de la perte d’un mari, d’un père ou d’un être cher », a souligné Moez Doraid, directeur régional d’ONU Femmes pour les États arabes.
Des foyers particulièrement vulnérables
Dans un territoire ravagé par les frappes aériennes et les opérations terrestres israéliennes, cette charge aggrave des inégalités préexistantes : revenus plus faibles, accès restreint à la propriété, aux documents officiels, aux services et aux lieux de décision. Sofia Calltorp, responsable de l’action humanitaire d’ONU Femmes, a décrit « une immense souffrance collective ».
« L’accès à la nourriture, à l’eau potable, aux produits d’hygiène et aux services essentiels est très limité », a-t-elle affirmé. « L’accès humanitaire est restreint, l’insécurité règne et les bombardements israéliens se poursuivent. Les femmes chefs de famille sont chaque jour contraintes de prendre des décisions impossibles : comment répartir des ressources limitées, comment accéder à l’aide et, tout simplement, comment asr la survie de ceux dont elles ont la charge. »
Les données montrent que ces familles sont particulièrement exposées. Près de sept foyers sur dix dirigés par une femme ne disposent pas d’un logement adéquat, contre un peu plus de la moitié de ceux dirigés par un homme. Les trois quarts ont vu leur habitation endommagée ou détruite. Depuis octobre 2023, ces foyers ont été déplacés en moyenne huit fois, contre sept pour les ménages ayant un homme à leur tête.
La précarité est également financière. Les deux tiers des foyers dirigés par des femmes déclarent avoir besoin d’une aide financière immédiate pour survivre. De plus, près d’une femme chef de famille sur cinq craint pour sa sécurité, contre une sur douze parmi celles vivant dans un foyer dirigé par un homme.
Six femmes et filles tuées chaque semaine
La publication de ces données intervient alors que les pertes humaines se poursuivent dans l’enclave palestinienne malgré le cessez-le-feu. Selon l’ONU, 1 300 Palestiniens, dont 246 femmes et filles, ont été tués dans des frappes depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, il y a près d’un an. Ce chiffre inclut 137 femmes et 109 filles, soit une moyenne de six femmes et filles tuées chaque semaine entre octobre 2025 et le 28 juillet 2026.
Sur le terrain, l’agence travaille avec des organisations dirigées par des femmes et des associations de défense de leurs droits pour fournir une aide aux populations les plus vulnérables. Elle réclame la mise en œuvre intégrale du cessez-le-feu, le respect du droit international, la protection des femmes et des filles, ainsi que la poursuite des responsables de violations.
Pour ONU Femmes, l’enjeu dépasse l’urgence humanitaire : il s’agit également de veiller à ce que ces femmes, devenues responsables de leur foyer, ne soient pas exclues des dispositifs d’aide et de la reconstruction. « Reconnaître et répondre aux réalités auxquelles sont confrontés tous les foyers dirigés par des femmes est essentiel pour garantir que celles-ci soient prises en compte, comptabilisées, autonomisées et soutenues », a insisté M. Doraid.
Source : ONU Femmes
