Gabès : Des militants antipollution entre lassitude et détermination
Publié le : 26/08/2026 – 12:10
Avec notre envoyée spéciale à Gabès, Lilia Blaise
En Tunisie, Gabès continue de faire face à des problèmes de pollution liés aux émanations de gaz du Groupe chimique tunisien (GCT). Cette industrie, qui transforme le phosphate en engrais, pollue l’air et la mer aux alentours de la ville. Depuis la fin de 2025 et le début de 2026, le mouvement antipollution de jeunes, Stop Pollution, s’efforce de faire entendre la voix des habitants de cette ville de l’est du pays.
Dans un café de Chott Salem, quartier voisin du complexe industriel, Islem Zrelli, militant de Stop Pollution, exprime son désespoir : « Ici, tout a été détruit par la pollution : l’agriculture, la pêche. Et nous continuons de vivre ici. Cette industrie rapporte soi-disant des milliards à l’État. Alors, pourquoi n’est-elle pas bénéfique pour nous, ne serait-ce qu’à 1% ? Pourquoi sommes-nous condamnés à juste souffrir de la pollution ? »
La décision de justice rendue en février 2026, qui a exonéré le groupe chimique de toute responsabilité dans la pollution de la ville, a été un coup dur pour les mobilisations. « C’était plus qu’un coup dur, lâche Islem Zrelli. Nous avons été insultés par cette décision et cela a renforcé notre sentiment d’injustice ! »
Mobilisation et promesses gouvernementales
Lors d’une manifestation à Tunis le 20 août, Jasser Riahi, étudiant en droit, évoque l’impact des manifestations antipollution. « La mobilisation massive à Gabès en octobre dernier reste pour nous un modèle et cela montre que l’on peut réclamer de vivre dignement. Si le gouvernement n’a pas été capable de répondre aux attentes des citoyens de Gabès, peut-il vraiment gérer les autres crises du pays ? »
Le président tunisien, Kaïs Saïed, a promis lors d’une visite à Gabès, le 10 août, le démantèlement de certaines unités polluantes, sans toutefois fournir de calendrier précis.
État des projets de dépollution
La question du démantèlement du groupe chimique de Gabès est complexe : le secteur des mines et des phosphates représente 3% du PIB de la Tunisie. Certaines unités, produisant des gaz très toxiques, ne peuvent pas être dépolluées en raison de leur vétusté. Khemaies Bahri, ingénieur et spécialiste du phosphate, indique que les projets de dépollution sont au nombre de six, mais que leur avancement est inégal. Un seul projet, celui de lavage des gaz NOx, a été achevé en janvier 2026 et est en service avec des résultats satisfaisants. Le lavage des gaz d’ammoniac, quant à lui, est à l’arrêt depuis 2018, tandis qu’un autre projet de lavage des gaz N2O devrait être achevé cette année.
Les habitants de Gabès continuent de lutter pour un avenir plus sain, déterminés à ne pas abandonner leur ville face à la pollution.
Source : RFI

