Schengen sous tension : la menace italienne sur l'Espagne, entre précédents et coûts cachés

Schengen sous tension : la menace italienne sur l’Espagne

Des files d’attente rallongées dans les aéroports aux milliards d’euros de pertes commerciales : l’hypothèse d’une suspension de l’accord Schengen entre l’Italie et l’Espagne prend de l’ampleur. Alors que Rome agite la menace de contrôles renforcés, quel serait le véritable coût de cette entorse au principe de libre circulation en Europe ?

La situation est préoccupante : Rome envisage de suspendre l’espace Schengen vis-à-vis de l’Espagne, en réponse à l’afflux de migrants dans l’enclave de Ceuta, en provenance du Maroc. Cette décision pourrait activer une clause permettant de rétablir temporairement des contrôles aux frontières intérieures en cas de menace grave pour l’ordre public ou la sécurité intérieure.

Sur le plan juridique, l’Italie ne peut pas expulser ni exclure l’Espagne de Schengen, une telle me n’étant pas prévue par les traités européens. Néanmoins, elle peut instaurer des contrôles systématiques sur les voyageurs arrivant d’Espagne, tant par voie aérienne que maritime, et réintroduire des contrôles ciblés sur les flux terrestres. Bien que Madrid qualifie cette initiative de « démagogique », elle bénéficie du soutien de la Finlande, tandis que la France réclame un renforcement des contrôles à la frontière franco-espagnole.

Les conséquences pratiques d’une suspension des accords de Schengen

Ce scénario rappelle des mécanismes déjà utilisés par d’autres États membres, notamment la France, l’Allemagne et l’Autriche, qui ont rétabli des contrôles aux frontières intérieures depuis la vague d’attentats de 2015 et durant la pandémie de Covid-19. Ces décisions ont souvent été justifiées par des menaces terroristes ou la pression migratoire.

La normalisation des contrôles « exceptionnels » a été demandée par la Commission européenne en début d’année 2024, soulignant la nécessité de réduire ces régimes dérogatoires. Si l’Italie décidait d’aller de l’avant, l’impact immédiat se traduirait par des contrôles renforcés pour les passagers en provenance d’Espagne, entraînant des files d’attente plus longues dans les aéroports et ports, ainsi que des contrôles ponctuels pour le fret routier.

Le coût faramineux d’un démantèlement de l’espace européen

Pour évaluer l’ampleur de la menace italienne, il est crucial de se référer aux études chiffrant le coût d’un retour durable aux frontières en Europe. Une note de France Stratégie, publiée en 2016, estimait que le coût direct pour la France serait de 1 à 2 milliards d’euros par an, en grande partie à cause des secteurs du tourisme et du transport. À long terme, le manque à gagner pourrait atteindre un demi-point de PIB, soit environ 10 milliards d’euros annuels.

À l’échelle de l’ensemble des pays de l’espace Schengen, une telle généralisation des contrôles pourrait équivaloir à une taxe de 3 % sur le commerce de biens et services intra-Schengen, réduisant ces échanges de 10 à 20 % et amputant le PIB de la zone d’environ 0,8 point, soit plus de 100 milliards d’euros par an. Le Parlement européen estime que les coûts budgétaires liés aux infrastructures et aux personnels de contrôle pourraient varier entre 7 et 20 milliards d’euros sur une décennie.

Secteurs touristiques et transports espagnols en première ligne

À ce jour, aucune institution n’a publié d’évaluation précise de l’impact d’une suspension bilatérale de Schengen entre l’Italie et l’Espagne. Les estimations disponibles portent sur des scénarios de retour généralisé des contrôles intérieurs, chiffrés en dizaines de milliards d’euros par an pour l’UE. Il est cependant reconnu que l’Espagne est fortement dépendante du tourisme intra-européen, et l’Italie se classe parmi ses principaux partenaires commerciaux au sein de l’UE.

Les secteurs les plus exposés en cas de suspension ciblée incluraient le transport aérien, les ferries, les ports et le tourisme. Bien que les coûts d’un « non-Schengen » durable se chiffrent en centaines de milliards pour l’UE, l’impact d’un contrôle ciblé sur une durée limitée pourrait se traduire par des pertes concentrées sur quelques secteurs plutôt que par un choc macroéconomique.

Source : France Stratégie, Eurostat

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