Un combat acharné pour l’exhumation de 796 bébés morts dans un foyer religieux en Irlande
« Quand j’ai commencé, personne ne voulait écouter », se remémore Catherine Corless. En 2014, elle révélait que 796 enfants avaient été inhumés anonymement dans un foyer en Irlande. Plus de dix ans plus tard, les premières exhumations vont débuter.
Catherine Corless, aujourd’hui âgée de 71 ans, se souvient de son parcours difficile lors d’une rencontre avec l’AFP à Tuam, dans l’Ouest de l’Irlande, près du site des exhumations. Lundi, des experts vont délimiter le périmètre de l’ancienne fosse sceptique du foyer St Mary des sœurs du Bon Secours, avec un objectif de commencer les recherches dès le mois de juillet.
Tout commence en 2014, lorsqu’elle met au jour des preuves attestant du décès de 796 enfants, des nouveau-nés jusqu’à l’âge de neuf ans, dans ce foyer situé à 220 kilomètres de Dublin. Ses recherches ont conduit à une découverte macabre : une fosse commune. « Il n’y avait aucun registre d’enterrement, pas de cimetière, pas de statue, pas de croix, rien », se rappelle-t-elle. L’institution a été rasée en 1972, laissant place à un lotissement, tandis que la fosse sceptique est restée intacte.
Lorsque les recherches de Catherine Corless ont été publiées, elles ont provoqué une onde de choc en Irlande, révélant le traitement réservé aux enfants nés hors mariage. Pendant des décennies, la société, l’État et l’Église catholique ont relégué les femmes enceintes non mariées dans des « maisons mère et enfant ». Après l’accouchement, les enfants étaient souvent séparés de leur mère et adoptés. Des enquêtes ont révélé que 56 000 femmes célibataires et 57 000 enfants ont été accueillis dans 18 foyers similaires entre 1922 et 1998, avec environ 9 000 décès parmi ces enfants.
Certaines de ces maisons étaient financées par les autorités sanitaires locales, d’autres par des ordres religieux. Le foyer de Tuam était administré par les sœurs du Bon Secours. « Tous ces bébés étaient baptisés, et pourtant l’Église a détourné le regard. Pour elle, cela ne comptait pas : ils étaient illégitimes, point final », accuse Corless.
Malgré la découverte de premiers restes humains en 2016 et 2017, il a fallu attendre 2022 pour qu’une loi autorise officiellement les fouilles. Anna Corrigan, qui a découvert que sa mère avait donné naissance à deux garçons à Tuam, dénonce une « justice à l’irlandaise ». Aucun certificat de décès n’a été établi pour l’un de ses frères, laissant planer des zones d’ombre.
En 2023, une équipe a été nommée pour mener les opérations à Tuam, avec pour mission de retrouver, identifier et inhumer dignement les restes exhumés. Des échantillons ADN seront prélevés auprès de personnes pouvant attestent d’un lien familial avec les bébés morts dans ce foyer. Catherine Corless confie : « Je n’aurais jamais cru voir ce jour arriver. Tant d’obstacles ont été franchis. » Cependant, elle reste lucide : « Même si on parvient à identifier quelques restes, cela n’apportera pas la paix à tout le monde. »
Source : AFP
