Une tour de lancement de la NASA à 1,5 milliard de dollars : un projet arrêté avant même d’avoir servi
La NASA a récemment décidé d’arrêter la construction de sa tour de lancement mobile, Mobile Launcher 2 (ML-2), initialement prévue pour coûter 383 millions de dollars et livrée en 44 mois. Aujourd’hui, après sept ans de travaux, le coût du projet a atteint environ 1,5 milliard de dollars, sans que la structure n’ait jamais été utilisée. Ce cas illustre les dérapages budgétaires au sein des programmes spatiaux américains, comme l’a souligné l’inspecteur général de la NASA (OIG) dans plusieurs rapports.
En 2019, l’agence spatiale a choisi la société Bechtel National pour concevoir et construire cette tour destinée à la version Block 1B de la fusée SLS, dans le cadre de la mission Artemis IV. Cependant, le projet a été entaché de problèmes dès le départ, notamment en raison de spécifications non finalisées pour l’étage supérieur d’exploration, rendant difficile la conception de ML-2.
Les premiers audits ont rapidement révélé des dérives budgétaires. En juin 2022, l’OIG a estimé que le coût total pourrait atteindre un milliard de dollars, soit au moins 2,5 fois le montant initial, avec un retard de 2,5 ans sur la livraison. En août 2024, un rapport encore plus alarmant prévoyait des coûts pouvant aller jusqu’à 2,7 milliards de dollars et un lancement potentiel repoussé à 2029, représentant ainsi 6,5 fois la valeur du contrat d’origine.
Les rapports de l’OIG pointent du doigt Bechtel pour sa mauvaise gestion du projet, mais la NASA n’est pas exempte de critiques. La structure de contrat « cost-plus » a incité à des dépenses excessives, car l’agence doit couvrir tous les dépassements de coûts. L’OIG a recommandé de passer à un contrat à prix fixe, mais la NASA a opté pour des primes de performance, jugées insuffisantes pour maîtriser les coûts.
En février 2026, la NASA a annoncé qu’elle ne prévoyait plus d’utiliser ML-2, entraînant l’arrêt des travaux. Plus de 600 ouvriers et sous-traitants se sont retrouvés sans mission sur le site de Cap Canaveral. La tour inachevée ne sera pas démolie, mais les équipes seront redirigées vers le démontage de la structure pour récupérer des pièces.
En fin de compte, près de 1,6 milliard de dollars de fonds publics ont été investis dans un projet qui n’a jamais servi son objectif initial, illustrant ainsi les défis de gestion des grands programmes spatiaux américains.
Source : Union Bulletin, Construction Dive
