Déroute ferroviaire au pays du train

Déroute ferroviaire au pays du train

(Sheephouse Wood, Angleterre) La structure de béton pâle se dessine à travers les arbres, semblable au dos d’un immense éléphant blanc. Ce « tunnel à chauves-souris » a été construit pour séparer les futurs trains à grande vitesse d’environ 300 murins de Bechstein, une espèce protégée.

Le coût de cette structure de 900 mètres de long atteint près de 200 millions de dollars canadiens. Des critiques soulignent qu’aucune preuve n’atteste qu’elle protégera effectivement la faune.

Le « tunnel à chauves-souris » de Sheephouse Wood est devenu, au Royaume-Uni, le symbole des déboires du projet High Speed 2 (HS2). Ce dernier, censé être le premier train à grande vitesse du pays, a rencontré des retards et des surcoûts considérables, alors même que son tracé a été réduit. Les Britanniques devront débourser près de 200 milliards de livres pour un lien ferroviaire de seulement 220 kilomètres entre Londres et Birmingham, soit environ 860 millions de livres par kilomètre, un montant près de dix fois plus élevé que les estimations initiales pour un projet similaire au Canada.

Les analystes estiment que cette ligne a été mal planifiée et mise en chantier trop tôt, entraînant des coûts supplémentaires pour minimiser les impacts sur les communautés locales. La première phase du projet, qui devait initialement relier plusieurs grandes villes, se traduit désormais par un gain de temps marginal pour les voyageurs entre Londres et Birmingham, soit environ 27 minutes.

Le projet a récemment été critiqué par des responsables politiques, comme Keir Starmer, qui a qualifié le tunnel de « spectacle absurde » et a appelé à un « redémarrage » du projet. Ce dernier a vu ses coûts augmenter de manière significative, et la vitesse commerciale des trains a été réduite à 320 km/h, alors que l’infrastructure était conçue pour des vitesses de 360 km/h. La mise en service du train est désormais prévue pour 2039, alors qu’elle devait initialement avoir lieu en 2026.

Le gouvernement britannique a décidé de poursuivre les travaux, estimant qu’annuler le projet coûterait presque aussi cher que de le terminer. Malgré des dizaines de milliards dépensés, aucun rail n’a encore été installé.

HS2 a été décrit comme le « crash routier à basse vitesse le plus cher au monde » par la ministre des Transports, Heidi Alexander. Elle a souligné qu’après plus de cinq ans de travaux et 40 milliards de livres dépensés, le pays n’est pas plus proche d’une ligne HS2 opérationnelle qu’au début des travaux.

La société HS2 Limited, responsable du projet, a reconnu des erreurs dans la planification et la gestion. Le chantier a été lancé trop tôt, alors que les plans n’étaient pas finalisés, entraînant des inefficacités. De plus, plusieurs contrats de construction ont transféré la majorité des risques au donneur d’ouvrage.

Environ un quart du trajet entre Londres et Birmingham sera souterrain, une décision qui a considérablement alourdi le budget. Murray Cooke, membre d’un groupe opposé au projet, a noté que des fermes et des maisons ont été démolies pour faire place au chantier, laissant le village de Burton Green coupé en deux.

Alexander Budzier, professeur à l’Université d’Oxford, a déclaré que HS2 avait répondu à toutes les demandes, ce qui a contribué à l’explosion des coûts. Il espère que les leçons tirées de ce projet permettront d’éviter des erreurs similaires dans d’autres initiatives d’infrastructure.

Source : La Presse

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