Guerre en Iran : Comment l’embargo sur les images satellites US a entravé la vérification des faits
Le bras de fer entre les États-Unis et l’Iran se poursuit avec une reprise le 8 juillet des frappes américaines. À partir de mars, les premières images spatiales de la guerre déclenchée par Israël et les États-Unis avaient permis d’avoir une idée assez précise des dégâts subis par les belligérants. Elles provenaient principalement d’entreprises américaines. Des clichés récupérés par les propagandistes des deux camps, ce qui a poussé les États-Unis à fermer progressivement le robinet à images.
Contexte factuel
Parmi les entreprises américaines spécialisées dans la diffusion d’images satellites, certaines sont bien connues comme Planet Labs, ou encore Maxar, devenu Vantor. Au total, on compte aux États-Unis une dizaine d’entreprises proposant des solutions d’exploitation des données spatiales. Ces entreprises sont des partenaires importants dans le travail d’enquête numérique et de vérification des faits.
Planet Labs et Maxar ont toujours fait preuve de transparence avec la presse internationale. Cependant, ces entreprises commerciales ne sont pas autorisées à mettre tout et n’importe quoi entre les mains du public. Dès 1992, le Congrès avait voté une loi suivie deux ans plus tard d’une directive présidentielle, imposant aux opérateurs de satellites commerciaux de restreindre l’accès aux données en temps de guerre.
Avant le conflit dans le golfe Persique, ces entreprises avaient une politique de publication assez stricte mais très claire. Par exemple, en juin 2025, RFI avait cherché à se procurer des images satellites de l’île de Diego Garcia, une base aérienne américaine. Maxar avait répondu : « Par principe, nous ne fournissons pas d’images haute résolution des bases militaires américaines ou de la coalition. »
Restrictions croissantes
Ces derniers mois, on a assisté à une réduction progressive de l’accès à l’imagerie commerciale américaine. En 2026, dans les premiers jours ayant suivi l’attaque israélo-américaine contre l’Iran, beaucoup d’images ont été diffusées. Planet Labs fournissait même en service de presse des clichés détaillant les sites iraniens visés par les Américains. On pouvait y voir les destructions sur le port militaire de Bandar Abbas, sur la base aérienne de Tabriz, l’aéroport de Mehrabad, ou encore le site nucléaire de Natanz.
Quand des journalistes ont travaillé sur le bombardement d’une école près de la base des pasdarans de Minab, Planet Labs a fourni des images documentant l’attaque, ce qui a permis de prouver un raid massif mené par les États-Unis.
Conséquence directe
Les choses se sont compliquées lorsque les pertes matérielles américaines ont commencé à être évoquées, images à l’appui. La communauté qui exploite les données librement accessibles sur internet, les journalistes et les ONG se sont saisis de ces informations, suivis de la propagande iranienne qui fournissait des images soutenant son narratif. Les restrictions sur les images ont donc eu un impact direct sur la vérification des faits dans le contexte de ce conflit.
L’embargo sur les images satellites a ainsi entravé la capacité des médias et des analystes à fournir des informations fiables et vérifiables sur le terrain, augmentant la dépendance à des sources potentiellement biaisées.
Source : RFI