Découverte d’une molécule mystérieuse sur Pluton et la lune Titan de Saturne : ‘Nous ne pouvons pas dire ce que c’est’
Des milliards de kilomètres séparent Titan, la lune brumeuse de Saturne, et Pluton, le planète naine. Malgré des environnements très différents, ces deux mondes partagent une caractéristique intrigante : une signature infrarouge identique sur leurs surfaces, selon les observations du télescope spatial James Webb (JWST).
Une étude récente a révélé que cette signature se manifeste à la même longueur d’onde infrarouge sur Titan et Pluton, ce qui indique une absorption de lumière similaire. Cela suggère la présence d’un composé inconnu, ou d’une famille de composés apparentés, que les scientifiques n’ont pas encore pu identifier. Bruno Bézard, un scientifique planétaire à l’Observatoire de Paris et responsable de cette découverte, a déclaré : « C’est plutôt mystérieux. Nous ne pouvons pas dire ce que c’est. »
Bézard a d’abord repéré cette caractéristique inexpliquée en analysant des observations de Titan effectuées en novembre 2022, lorsque le JWST a capté de la lumière infrarouge traversant l’atmosphère brumeuse. Pour identifier les composés présents, les chercheurs utilisent la spectroscopie, une technique qui permet de déterminer les molécules en fonction des longueurs d’onde de lumière qu’elles absorbent.
Les résultats montrent que cette caractéristique ne correspond à aucun spectre de référence connu, et a été détectée par deux instruments différents du JWST, excluant la possibilité d’une artefact instrumentale. Après avoir échoué à trouver une correspondance avec les empreintes spectrales des glaces planétaires les plus simples, Bézard s’est tourné vers son collègue Emmanuel Lellouch, qui avait observé Pluton en mai 2023. Ensemble, ils ont confirmé que la signature était également présente sur Pluton.
Au contraire, elle pourrait refléter la chimie prébiotique qui opère dans l’environnement sans oxygène de Titan depuis plus de 4 milliards d’années. Une possibilité fascinante est qu’elle appartienne à une famille d’hydrocarbures connus sous le nom d’allenes, qui sont les seuls composés organiques reconnus pouvant exhiber des bandes d’absorption fortes dans la même plage infrarouge que le signal mystérieux.
Les chercheurs continuent d’analyser des observations récentes du JWST pour obtenir une vue plus complète de Titan et cartographier cette signature infrarouge à la surface de la lune, en lien avec des caractéristiques géologiques spécifiques. De plus, la mission Dragonfly de la NASA, prévue pour 2028, pourrait fournir des indices supplémentaires en analysant directement les molécules organiques présentes sur Titan.
Cette découverte souligne l’importance de la recherche spatiale et l’excitation qu’elle génère dans la communauté scientifique. La nouvelle étude a été acceptée pour publication dans le journal Astronomy & Astrophysics.
Source : Space.com
