Hausse du prix de l’essence : “Les aides ciblées sont tellement ciblées que personne ne les a touchées”

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Le Premier ministre Sébastien Lecornu a récemment affirmé qu’il fallait « avancer prudemment » lors d’une conférence de presse, où il a présenté un paquet d’aides pour compenser la hausse des prix à la pompe, exacerbée par la guerre en Iran. Deux mois plus tard, une analyse de la « Mission flash sur la taxation des carburants et le rendement fiscal de la hausse des prix » menée par l’Assemblée nationale indique que le gouvernement pourrait avoir été trop prudent.

Prenons l’exemple de l’aide « gros rouleurs », d’un montant forfaitaire de 100 euros, destinée aux actifs roulant plus de 30 km aller-retour pour travailler. Le rapporteur de cette mission, Philippe Brun, a révélé que « le taux de recours qui nous a été communiqué par le gouvernement s’élève à 24 % ».

En réaction, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a contesté ce chiffre sur BFMTV, affirmant qu’« un peu moins de 40 % de ceux qui étaient éligibles l’ont demandé et l’ont perçu ». Toutefois, ce taux de recours reste faible comparé à d’autres aides sociales, comme le RSA, où 66 % des bénéficiaires éligibles perçoivent effectivement l’aide.

Philippe Brun a également souligné que « le dispositif a été mis en place très longtemps après la crise », notant que les premiers décrets ont été publiés fin avril et que les versements n’ont débuté qu’en juin. De plus, certains éligibles, comme les propriétaires de véhicules hybrides non rechargeables, n’ont pas pu bénéficier de ces aides. En résumé, il a ironisé : « les aides ciblées sont tellement ciblées que personne ne les a touchées ».

Pas de « cagnotte » pour l’État

Au-delà du pouvoir d’achat, Philippe Brun s’inquiète de l’impact de la crise pétrolière sur l’économie. Il a précisé qu’il n’y avait pas eu de « cagnotte » constituée sur le dos des automobilistes, ni de « déficit marqué ». « L’État apparaît bénéficiaire de cette crise sur le plan fiscal de quelques dizaines de millions d’euros, ce qui est peu », a-t-il déclaré.

Cependant, l’impact de la crise sur l’inflation est plus préoccupant. Anna Creti, professeure d’économie à l’université Paris-Dauphine, a noté que le gouvernement a mis en place une réponse axée sur le pouvoir d’achat, mais cela n’a pas été suffisant face aux effets à long terme de la hausse des prix du pétrole. « Sur la période de mai-juin, l’impact sur l’inflation est sans doute assez fort », a-t-elle déclaré, évoquant une inflation de +2,4 % en mai et +1,8 % en juin selon l’Insee. Philippe Brun a averti que la hausse de l’inflation pourrait coûter à l’État 3,6 milliards d’euros d’ici 2026.

Pour le gouvernement, Maud Bregeon défend une stratégie de ciblage « respectueuse des finances publiques », visant à ne pas augmenter le déficit. Un argument en faveur de ce ciblage est l’équité ; « La consommation de carburant augmentant avec le revenu, si vous faites une aide à la pompe qui concerne tout le monde, ça signifie que vous donnez plus de transfert aux ménages les plus riches, donc c’est anti-redistributif », a expliqué l’économiste Fanny Henriet.

La solution d’une taxe flottante

Philippe Brun propose une réforme de la réponse gouvernementale, comme l’instauration d’une taxe flottante, similaire à celle en Espagne, qui ajusterait automatiquement les taxes en fonction des prix du carburant. « Une très courte durée d’application (…) quand le gaz ou l’essence dépasse les 2 euros, 2 euros 10 », a-t-il précisé.

Cette taxe flottante, bien que critiquée pour son invisibilité des effets sur les prix, est vue par certains économistes comme une solution prometteuse pour anticiper les fluctuations de prix et favoriser la transition énergétique.

Philippe Brun reste convaincu de la nécessité d’une aide plus substantielle pour la population face à la crise actuelle. « Il y a un drame social sourd qui est en train de se produire. 60 % des Français vont changer leurs plans de vacances à cause de cette hausse des prix des carburants. Il faut tirer les leçons des Gilets jaunes », a-t-il ajouté.

Le député prévoit de soumettre des amendements « dans le cadre du budget en septembre » pour défendre ses propositions, incluant la taxe flottante et la surveillance des marges des grossistes, ainsi que la taxation de la spéculation pétrolière.

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