Maroc : charnière énergétique et diplomatique en Méditerranée, selon l'Institut espagnol IEEE

Maroc : charnière énergétique et diplomatique en Méditerranée

L’Institut espagnol d’études stratégiques (IEEE) a récemment publié un rapport analysant la transformation de la Méditerranée, la présentant comme un espace marqué par des rivalités mondiales, où le Maroc joue un rôle central. Ce pays se situe à la croisée des chemins de l’énergie, des ports, des technologies, des routes commerciales et de la sécurité maritime.

L’étude, rédigée par Lourdes Romero Armenteros, s’articule autour de trois axes principaux : l’énergie, la connectivité et la compétition d’influence. Le rapport souligne que le Maroc évolue dans une région que la Commission européenne souhaite rendre « plus connectée, prospère, résiliente et sûre ». Il confirme également que le Sud méditerranéen est désormais un enjeu crucial pour la prospérité, la sécurité et la pertinence géopolitique de l’Europe.

Un des points marquants de cette évolution est l’essor de la Chine, dont les échanges avec les pays arabes de la région ont atteint environ 393,75 milliards de dollars en 2023. L’influence chinoise s’étend aux infrastructures, aux ports, à l’énergie et aux technologies, plaçant le Maroc parmi les économies les plus touchées, aux côtés de l’Égypte, de l’Algérie, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis.

Le rapport met également en avant l’autonomie diplomatique du Maroc. Lors du vote de l’Assemblée générale de l’ONU en mars 2022 concernant l’invasion russe en Ukraine, Rabat s’est abstenu, illustrant une « prudence stratégique » visant à préserver sa marge de manœuvre. Cette position permet au Maroc de négocier avec divers partenaires sans être exclusivement dépendant de l’Europe ou des États-Unis.

Cette latitude renforce l’importance stratégique du Maroc pour l’Espagne, qui est particulièrement attentive aux évolutions dans le Maghreb, aux tensions avec l’Algérie, et aux enjeux de sécurité maritime. La fermeture en 2021 du gazoduc Maghreb-Europe, en raison de la détérioration des relations entre Alger et Rabat, a eu des répercussions directes sur l’Espagne et le Portugal, démontrant l’interdépendance des infrastructures énergétiques et des rapports géopolitiques.

Depuis l’invasion de l’Ukraine, la vulnérabilité énergétique de l’Europe s’est accentuée. En 2021, la Russie fournissait 45 % du gaz importé par l’Union européenne, un chiffre qui devrait tomber à 12 % d’ici 2025, tandis que l’Afrique du Nord représente déjà 13 % des importations de gaz. Bien que le Maroc ne soit pas un exportateur majeur de gaz, sa position géographique lui confère un rôle clé d’interconnexion entre l’Atlantique et le réseau maghrébin.

Au-delà du gaz, l’étude aborde un « espace d’interdépendance énergétique et climatique », englobant les réseaux électriques, les énergies renouvelables, et les chaînes industrielles bas carbone. L’IEEE met en garde contre le risque de cantonner le Sud méditerranéen à un rôle d’extraction ou de transit, ce qui pourrait nuire à son ancrage socio-économique durable.

La connectivité est un autre pilier de l’importance marocaine. Ports, câbles sous-marins, corridors de transport et infrastructures numériques sont désormais des éléments essentiels de la puissance économique. La présence chinoise au Maroc intensifie la concurrence autour de ces infrastructures.

Le Pacte pour la Méditerranée, adopté en octobre 2025, vise à regrouper énergie, numérique, transports, investissements et sécurité sous une même architecture, avec un objectif financier de 400 milliards d’euros.

Source : Institut espagnol d’études stratégiques (IEEE)

Source
Leave a Comment

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *