L’État gabonais : un bon payeur à l’international, mais des arriérés inquiétants à domicile
En 2025, l’État gabonais a remboursé des sommes record de 2 565,4 milliards de FCFA à ses créanciers internationaux, notamment les détenteurs de son eurobond, sans le moindre retard. Cependant, dans le même temps, ses arriérés ont explosé de 72 %, atteignant 459,5 milliards de FCFA, une situation qui pèse sur les partenaires bilatéraux, les fournisseurs étrangers et les entreprises locales. Les données de la Direction générale de la dette (DGD) révèlent une hiérarchie dans le traitement des créanciers : priorité à la signature internationale, les autres étant laissés en attente.
Selon les précisions fournies par la DGD, parmi ces arriérés, 233,3 milliards de FCFA concernent des échéances de l’année 2025, tandis que 226,3 milliards relèvent d’échéances antérieures. Ce constat indique que l’État ne se contente pas d’accumuler du retard sur ses anciennes dettes, mais en génère également de nouvelles malgré des remboursements conséquents.
Cette situation paradoxale s’explique par l’ampleur du service exigible. En 2025, le service de la dette a atteint 2 758,5 milliards de FCFA, dépassant de plus de 1 100 milliards les prévisions initiales en raison d’opérations de reprofilage. Ainsi, la trésorerie publique a fonctionné à flux tendu, rendant impossible le paiement de tous les créanciers. L’État a donc dû faire des choix quant à ses priorités.
Les chiffres montrent que l’État gabonais a honoré intégralement ses engagements envers les détenteurs d’eurobonds, avec 267,1 milliards de FCFA d’échéances réglées. Un défaut sur cette dette aurait des conséquences néfastes sur la note souveraine du pays et limiterait l’accès à de futurs financements internationaux. En revanche, les partenaires bilatéraux, ayant prêté au Gabon, font face à 155 milliards de FCFA d’impayés, dont 86,7 milliards sur des échéances antérieures à 2025. Les créanciers commerciaux étrangers, quant à eux, attendent 121,4 milliards de FCFA.
Sur le plan intérieur, la dette moratoire concentre l’essentiel des arriérés, s’élevant à 131,3 milliards de FCFA, dont 86,7 milliards sur les seules échéances de 2025. Les entreprises locales, qui espéraient voir leurs créances validées, découvrent que cette validation ne garantit pas le paiement à échéance.
En somme, la gestion des arriérés révèle les priorités de l’État gabonais : protéger sa signature sur le marché international tout en laissant en attente des créanciers locaux et bilatéraux. Cette stratégie, bien que compréhensible à court terme, pourrait nuire à la confiance des fournisseurs et partenaires nécessaires à l’économie réelle.
(Source : Gabonreview.com)
