Tour de France : la Manufacture de Sèvres réinvente son trophée avec l’artiste Géraldine Polès
Cela faisait près d’un demi-siècle qu’elle n’avait pas changé. Depuis la victoire de Bernard Thévenet en 1975, les vainqueurs du Tour de France recevaient, au nom de la Présidence de la République, une coupe bleu et or en porcelaine de Sèvres, la Coupe Omnisports, imaginée par le céramiste Roger Vieillard. Ce trophée est devenu presque aussi emblématique que le maillot jaune lui-même. Mais cette année, cette tradition évolue en pariant sur le talent d’une jeune créatrice.
Pour réinventer cet objet iconique, la Manufacture nationale de Sèvres a confié ce projet à Géraldine Polès, artiste plasticienne installée à Nantes, diplômée des Beaux-Arts en 2017. Son univers s’est d’abord développé dans l’illustration, l’édition indépendante, le spectacle vivant et la presse (Le Monde, Libération, Télérama), une trajectoire qui tranche avec celle des artistes habituellement associés aux grandes commandes patrimoniales.
Carte blanche et traditions séculaires
« J’ai eu carte blanche. On ne m’a imposé aucun motif, seulement un clin d’œil au vélo. Je ne voulais surtout pas faire quelque chose de littéral », raconte-t-elle. C’est précisément cette liberté de langage qui a convaincu la Manufacture, séduite par son travail de la couleur et son imaginaire foisonnant.
Invitée en résidence à Sèvres pendant plusieurs mois, l’artiste se confronte à un univers dont elle ne connaît alors pas les codes : celui de la porcelaine et de ses gestes séculaires. De la réalisation des premières maquettes en papier à la mise au point des formes, en passant par la pose minutieuse des couleurs et de l’or 24 carats, elle imagine son trophée en dialogue constant avec les artisans de la Manufacture, notamment ceux du service décoration.
Une multitude de savoir-faire
Comme toute création réalisée à Sèvres, cette pièce est le fruit d’un travail collectif, où le geste de l’artiste rencontre l’expertise de dizaines de savoir-faire. « Ça m’a rappelé les ateliers des Beaux-Arts », confie-t-elle, évoquant une expérience de création rare qui lui a même permis de s’initier au brunissage à effets, un procédé minutieux qui joue sur la brillance des métaux précieux et révèle toute leur profondeur. Ce geste d’exception est encore pratiqué par l’un des derniers ateliers européens à en détenir la maîtrise.
Son décor épouse les lignes de la coupe Diane, un modèle dessiné dans les années 1970 par James Guittet mais jamais décoré jusqu’ici. Pensée comme « un paysage à parcourir », la composition se déploie en spirale autour de la porcelaine. Drapés bleus, verts et violets, filaments d’or, rayons de bicyclette, fragments de cartes topographiques… Les indices qui évoquent le cyclisme affleurent sans jamais le représenter frontalement.
À l’intérieur de la vasque, des astres ailés et des rameaux d’olivier convoquent discrètement Niké, la déesse grecque de la Victoire. Au centre, une étreinte remplace l’image traditionnelle du champion solitaire. « Toutes les compétitions se terminent par une accolade. Je voulais célébrer l’entraide autant que la victoire », explique l’artiste qui a réalisé deux versions du trophée (vert d’eau pour le Tour masculin, bleu ciel pour le Tour féminin), pensées comme un duo sans se soucier du genre du vainqueur.
Du renouveau sur le Tour
Reste désormais à savoir qui sera le premier à brandir ce nouveau trophée. Le 26 juillet, le vainqueur du Tour de France masculin succédera à Tadej Pogačar, tandis que le 9 août, la lauréate de l’épreuve féminine tentera d’imiter Pauline Ferrand-Prévot, première Française à avoir remporté le Tour de France en 2025. Quels que soient les champions, ils brandiront cette année bien plus qu’un trophée : le symbole d’une Manufacture qui compte bien valoriser son prestigieux héritage grâce à la création émergente.
Source : Beaux Arts Magazine
