Transition bas-carbone : l'histoire contredit la pénurie de métaux critiques, révèle une étude

Transition bas-carbone : l’histoire contredit la pénurie de métaux critiques, révèle une étude

La peur d’un épuisement des ressources minérales nécessaires à la transition écologique est infondée. Selon les données historiques analysées sur un siècle par le Cepii, les variations des cours de production dépendent à 57 % des emballements de la demande industrielle, tandis que les chocs d’offre ne pèsent plus que pour 15 %.

La nécessité de sécuriser les approvisionnements en métaux critiques est devenue un impératif pour les constructeurs automobiles européens. Cependant, une étude du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii) révèle que cette panique repose sur un contresens économique. En examinant plus d’un siècle de données sur la production et les prix de 65 minéraux entre 1900 et 2020, les chercheurs Romain Capliez, Carl Grekou, Emmanuel Hache et Valérie Mignon mettent en lumière que ce ne sont pas les mines qui manquent, mais la réactivité des marchés face aux chocs de consommation.

L’idée selon laquelle l’accélération de la transition bas-carbone entraînera une hausse continue des coûts de production est contredite par l’histoire. Les prix réels des matières premières minérales ont généralement tendance à baisser, évoluant sous leur moyenne historique. Les auteurs soulignent que le progrès technique, la découverte de nouveaux gisements et le recyclage ont largement neutralisé l’épuisement géologique. Par exemple, les ressources ultimes récupérables en cuivre sont estimées entre 5 et 7,5 milliards de tonnes, ce qui dépasse les besoins cumulés de la décarbonation mondiale. La hausse des prix n’indique donc pas une fin des ressources, mais un goulet d’étranglement temporaire.

Le poids des crises s’effondre

Selon la modélisation du Cepii, les variations de prix sont principalement déterminées par la demande. Entre 1998 et 2020, les chocs de demande spécifiques ont expliqué 57,38 % de la volatilité des prix. En intégrant les chocs de demande globale liés aux cycles macroéconomiques, les acheteurs sont responsables de près de 85 % des variations de prix. Les marchés réagissent rapidement aux commandes, car l’appareil productif met du temps à ajuster ses capacités.

L’étude montre également que l’impact des crises d’offre a diminué. Au début du XXe siècle, les fermetures de mines ou les tensions géopolitiques représentaient plus de 20,91 % de la variation des prix. Entre 1998 et 2020, cette part a chuté à 15,66 %. Cette évolution est due à l’intégration mondiale des marchés financiers et à la diversification géographique de l’extraction, permettant de compenser rapidement les défaillances d’un pays producteur. Pour l’industrie, le risque n’est plus qu’un État ferme ses vannes, mais que l’Europe rate le virage vers une gestion efficace de ses stocks.

Source : Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii)

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