Suicide : l’État n’est plus au rendez-vous de la prévention
Un collectif d’associations engagées dans la prévention du suicide a adressé le 9 juillet une lettre ouverte au Gouvernement et aux ministres concernés par cet enjeu. Ils appellent les pouvoirs publics à poursuivre leur engagement, en préservant les moyens et les coopérations qui ont fait leurs preuves.
Avec plus de 120 signataires, cette démarche collective rassemble des professionnels, chercheurs, associations, bénévoles et personnes concernées autour d’un message simple : la prévention du suicide doit demeurer une priorité de santé publique et bénéficier de moyens à la hauteur des enjeux. Elle est portée par le Groupement d’étude et de prévention du suicide (Geps), l’Union nationale de prévention du suicide (UNPS), et Prévention Suicide France.
Ce collectif appelle notamment à :
- Préserver les dynamiques de coopération qui ont fait leurs preuves, en privilégiant le partenariat plutôt que la mise en concurrence des acteurs. En France, environ 9 000 décès et 200 000 tentatives de suicide sont recensés chaque année.
- Maintenir des financements pérennes pour les associations et dispositifs de prévention du suicide.
- Renforcer la concertation avec les acteurs de terrain, les chercheurs et les personnes concernées.
En France, chaque jour, une personne meurt par suicide toutes les heures et 500 personnes tentent de mettre fin à leurs jours. Le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les 15-25 ans, et le nombre de tentatives de suicide chez les jeunes femmes a plus que doublé au cours des cinq dernières années. En 2019, une étude évaluait à 24 milliards d’euros le coût national des comportements suicidaires.
La souffrance des personnes concernées et de leurs proches, qui inclut isolement, honte, culpabilité et deuil complexe, touche près de 3 millions de personnes chaque année en France. Bien que le suicide ne soit jamais une fatalité, la prévention semble se diluer dans une approche globale de la santé mentale. Cette dernière est nécessaire, mais doit intégrer une action de prévention spécifique, coordonnée et soutenue par les pouvoirs publics.
Les associations ont vu leurs moyens diminuer ces deux dernières années, compromettant ainsi la réalisation de leurs missions d’intérêt général. Par ailleurs, l’évolution des modalités de pilotage entre le ministère de la Santé et les structures de prévention du suicide pourrait réduire progressivement la relation de partenariat à une simple relation de prestation.
Des solutions existent, reposant sur des conditions telles que des financements pérennes, une capacité d’innovation et de recherche, une forte coordination entre ministères, et la reconnaissance des professionnels et bénévoles. La prévention du suicide ne manque ni d’expertise, ni d’engagement, mais nécessite aujourd’hui un soutien de l’État et des moyens à la hauteur des enjeux.
Source : Lettre ouverte du collectif d’associations pour la prévention du suicide.
