« Les humains sont une part de la nature » : entretien avec Daisuke Igarashi
Auteur des « Enfants de la mer » et de « Sorcières », Daisuke Igarashi poursuit son exploration des liens entre les humains, la nature et le surnaturel dans « Kamakura Bakeneko Club », publié chez Delcourt.
Dans l’œuvre de Daisuke Igarashi, la nature n’est pas un simple décor. Forêts, océans, animaux et montagnes occupent une place centrale dans des récits où les humains ne sont qu’un élément parmi d’autres du vivant. Cette vision du monde trouve son origine dans son enfance.
« Enfant, je passais beaucoup de temps dans un bois proche de chez moi », raconte le mangaka. À force d’observer cet environnement, il prend conscience de l’existence de « plein d’organismes, d’êtres vivants, de tout un système » évoluant autour de lui. De cette expérience naît une conviction que l’on retrouve dans son travail : « Les humains sont une part de la nature, ils en font partie. »
Cette sensibilité résonne particulièrement à l’heure du changement climatique et de l’effondrement de la biodiversité. L’auteur estime qu’une évolution des mentalités est en cours. « Depuis ces dix dernières années, il y a une prise de conscience qu’il n’y avait pas jusqu’ici », observe-t-il. Même si les progrès lui paraissent hésitants, il considère que « même si c’est lent, on avance quand même un petit peu. »
Dans ses mangas, les personnages apprennent souvent à regarder avant d’agir, une approche qui contraste avec une époque dominée par l’urgence. Daisuke Igarashi revendique un rapport au temps « assez lent ». Lorsqu’il voyage, il préfère rester plusieurs jours dans un même lieu plutôt que d’enchaîner les visites. « Je pense que c’est comme ça qu’on peut vraiment découvrir les charmes du lieu dans lequel on se trouve », explique-t-il.
Cette philosophie se retrouve dans ses récits. « Je veux montrer cela aux lecteurs dans mes mangas pour qu’ils comprennent qu’il faut prendre le temps de profiter des choses. » Pour illustrer son propos, il évoque une scène observée au zoo : « Quand l’animal est immobile, les gens passent à autre chose, pourtant si l’on attend un peu, il va se passer quelque chose. »
Kamakura Bakeneko Club se déroule dans une ville japonaise où les phénomènes étranges semblent faire partie du quotidien. Pour ses habitants, l’apparition d’un chat surnaturel ou d’un événement inexplicable n’a rien d’exceptionnel. Cette absence de frontière nette entre réel et merveilleux correspond à la façon dont Daisuke Igarashi perçoit le monde. « Parfois, lorsque je me promène, il m’arrive de ressentir des sensations étranges en croisant une voiture ou des gens dans la rue », explique-t-il.
Le choix de Kamakura n’est pas anodin. Ancienne capitale politique du Japon, la ville conserve de nombreuses légendes et croyances populaires. À l’origine de Kamakura Bakeneko Club, il y a aussi une expérience intime : la mort de son chat. « Mon chat est mort il y a quelques années et cela a été très difficile », confie-t-il. Face à cette disparition, il entreprend de dessiner une histoire qui lui permettrait d’affronter cette douleur.
Le chat est, selon l’auteur, un personnage idéal pour explorer les thèmes qui traversent son œuvre. « Les chats sont dans le quotidien des humains, mais ils restent sauvages », souligne-t-il. Dans le manga, les bakeneko, esprit du folklore japonais, sont souvent perçus comme menaçants, mais l’auteur nuance cette vision. « Les bakeneko sont présentés comme des créatures malveillantes, mais c’est la faute des humains car ce sont eux qui viennent les chercher. »
Daisuke Igarashi explique être plus à l’aise avec les récits courts qu’avec les longues séries. Kamakura Bakeneko Club constitue donc une forme d’exception dans sa bibliographie, mais il continue de l’aborder comme une succession d’histoires autonomes. La conclusion est déjà écrite : trois tomes ont été publiés au Japon et le mangaka indique avoir remis le manuscrit du dernier chapitre, qui comptera finalement quatre volumes.
Source : franceinfo
