Pour donner de l’utilité à cette souffrance
L’attentat de Nice, perpétré sur la promenade des Anglais le 14 juillet 2016, a fait 86 morts, parmi lesquels une dizaine d’enfants. Anne et Philippe Murris, qui ont perdu leur fille Camille, s’engagent depuis 10 ans pour la mémoire des victimes, en intégrant les plus jeunes dans leurs actions.
Cette année, au milieu des discours des personnalités officielles lors de la cérémonie d’hommage aux victimes du terrorisme, qui s’est tenue à Nice le 11 mars, les enfants ont eu la parole pour la première fois. Alima, Ryan, Maïsan et leurs camarades ont exprimé des valeurs de respect et de solidarité, fruit d’un travail de mémoire mené avec Anne Murris.
« Le respect, c’est toujours aller voir quelqu’un dès qu’il ne va pas bien. C’est respecter trois règles : liberté, égalité, fraternité et laïcité. Je veux que nous acceptions nos différences car c’est incroyable d’échanger ensemble », a déclaré l’un des jeunes participants.
Anne Murris, présidente de l’association Mémorial des Anges, souligne : « La mémoire ne s’éteint pas lorsqu’elle se transmet. Elle se transforme. Elle se prolonge. Elle nous guide. » Ce travail a débuté en classe, où Anne et Philippe ont encouragé les enfants à s’approprier cet événement tragique et à devenir des messagers de paix.
Au fil des échanges, certains enfants, qui n’étaient que bébés lors de l’attentat, ont avoué ne jamais en avoir entendu parler. Leur enseignante, Céline Cristini, a précisé que « pour la plupart, c’était un événement qu’ils ne connaissaient pas. Ils n’en avaient entendu parler ni dans leur famille, ni à la télévision, ni ailleurs. »
Le travail de mémoire s’est achevé au musée Masséna, devant le mémorial des Anges. Anne Murris a alors partagé des souvenirs de sa fille Camille, fauchée sur la Promenade des Anglais. Elle a insisté sur l’importance de faire connaître les visages et les noms des victimes, y compris ceux des enfants.
Céline Cristini a affirmé que sans le soutien d’Anne et Philippe, elle n’aurait pas osé aborder ce sujet délicat avec ses élèves. « C’est un sujet difficile et je pense que sans avoir eu l’aide de Philippe et d’Anne qui ont vraiment les mots justes, je ne me serais pas lancée là-dedans toute seule », a-t-elle déclaré.
Dix ans après le drame, la douleur des familles reste vive. Anne Murris a exprimé son besoin de donner un sens à cette souffrance : « Il y a une forme d’égoïsme éclairé. J’ai besoin de donner de l’utilité à cette souffrance. Quand elle arrive autour de moi, cette souffrance, elle ne pourra jamais disparaître. »
En 2022, un monument commémoratif a été installé à l’endroit exact où le camion a stoppé sa course mortifère. L’Ange de la baie, une sculpture symbolique, incarne l’élan et l’espoir, une empreinte que les enfants ont voulu croquer, comme on croque la vie.
Source : France 3 Régions
