Trop sévères, les quotas sur les véhicules électriques ?
Le gouvernement du Québec a récemment assoupli les quotas de vente sur les véhicules électriques, une décision que Daniel Gauthier, PDG d’un concessionnaire Ford et Lincoln à Trois-Rivières, considère comme indispensable pour éviter que les constructeurs nord-américains ne boudent la province. Selon lui, cela aurait entraîné une réduction du nombre de véhicules expédiés au Québec, au détriment des consommateurs.
M. Gauthier a réagi à une chronique critiquant le recul du gouvernement sur les seuils obligatoires de vente de véhicules électriques. Pour la deuxième fois en quelques mois, la cible pour 2035 a été revue à la baisse, passant de 100 % à 80 %, et celle pour 2030 est désormais fixée à 51 %, contre 85 % initialement.
Il a souligné que le Québec ne peut pas se permettre d’imposer une électrification rapide de ses transports sans tenir compte de la demande américaine. Il craint que des quotas trop stricts poussent certains fabricants à se retirer du marché québécois.
Cette année, la nouvelle cible impose que 26 % des véhicules neufs vendus soient électriques, une baisse par rapport aux 32,5 % prévus. M. Gauthier illustre son propos avec l’exemple d’un constructeur qui devrait vendre 12 500 véhicules électriques, mais qui ne peut en livrer que 5 000, ce qui pourrait entraîner une pénurie et une hausse des prix.
Robert Gagné, professeur émérite à HEC Montréal, partage ces inquiétudes, prédisant que les normes actuelles pourraient faire grimper les prix des voitures à essence et créer une rareté pour ces dernières. Yan Cimon, professeur à l’Université Laval, note également que les constructeurs nord-américains, contrairement à leurs homologues européens et asiatiques, résistent au virage électrique, soutenus par une administration américaine qui abroge de nombreuses réglementations.
Daniel Breton, PDG de Mobilité électrique Canada, conteste l’idée que les quotas québécois étranglent les constructeurs. Selon un bilan publié par le gouvernement du Québec pour la période 2022-2024, les constructeurs ont accumulé des crédits excédentaires, indiquant qu’ils ont vendu bien plus de véhicules électriques que requis.
Les quotas de vente de véhicules électriques au Québec suscitent donc des débats intenses. Si certains acteurs du marché craignent des pénuries et des hausses de prix, d’autres estiment que la norme n’est pas trop sévère et que le marché s’adaptera.
(Source : La Presse)
