Trop de livres, pas assez de lecteurs : autopsie d’une crise

Trop de livres, pas assez de lecteurs : autopsie d’une crise

Depuis le début de l’année, le secteur de l’édition en France traverse une période difficile. En avril, le groupe Gibert, qui possède 16 librairies, a demandé son placement en redressement judiciaire. Fin juin, le groupe Nosoli a annoncé la fermeture de sept enseignes Furet du Nord et de quatre Decitre, entraînant environ une centaine de licenciements dans plusieurs villes, dont Roubaix, Lyon et Reims. Début juillet, la liquidation judiciaire de Sauramps, une librairie emblématique de Montpellier, a été confirmée.

La question posée par Guillaume Erner, dans l’émission Les Matins de France Culture le 3 juin, résonne : « Le monde du livre est-il au bord de la faillite ? » Les invités, dont Philippe Robinet de Calmann-Lévy et Antoine Gallimard du groupe Madrigall, ont partagé des avis divergents. Gallimard a minimisé la situation, évoquant des erreurs de gestion. En revanche, Alexandra Charroin-Spangenberg, présidente du Syndicat de la librairie française (SLF), a souligné la détresse économique des librairies, pointant du doigt la stagnation des prix des livres face à l’inflation, qui n’a pas évolué depuis deux décennies. Elle a également mentionné que, après le paiement de toutes les charges, il lui reste moins de 1 % de rentabilité sur un chiffre d’affaires de 500 000 euros.

Le SLF évoque un « effet ciseau », où les libraires subissent une baisse de résultats face à une hausse des charges. Les auteurs, quant à eux, réclament une révision de leurs contrats d’édition. Le président du Syndicat national de l’édition (SNE), Vincent Montagne, a également exprimé des inquiétudes concernant la montée du marché de l’occasion et l’impact des technologies numériques sur la culture.

D’après des chiffres récents, le secteur de l’édition devrait atteindre un chiffre d’affaires de 2,9 milliards d’euros en 2025, avec 419,6 millions d’exemplaires vendus. Cependant, une baisse de 0,6 % en valeur et de 1,5 % en volume est attendue. La littérature, malgré ces défis, a enregistré une augmentation de 4,7 %.

Le marché de l’occasion, qui représente entre 8 % et 12 % du marché total, suscite des inquiétudes. Gallimard a noté que lorsque la vente de livres d’occasion devient une industrie, cela nuit à la marge des librairies et éditeurs. Une solution proposée serait l’instauration d’une taxe permettant aux auteurs de percevoir des droits sur leurs œuvres vendues en seconde main.

En 2025, 36 119 nouveautés ont été publiées en France, soit près de 100 par jour. Les experts s’accordent à dire qu’une réduction du nombre de titres, accompagnée d’une meilleure qualité d’édition et de promotion, pourrait améliorer la situation, bien que cela risque d’entraîner des pertes d’emplois dans le secteur.

Source : Les Matins de France Culture, Syndicat de la librairie française, Syndicat national de l’édition.

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