Archéologie : En Égypte, la découverte de deux tombes vieilles de 5000 ans éclaire les origines de l’architecture funéraire monumentale
Découvertes à Gabal El-Teir, en Haute-Égypte, deux tombes vieilles d’environ 5 000 ans, datées du début de l’époque thinite (3100 – 2686 av. J.-C.), livrent de précieux indices sur les premières expérimentations de l’architecture funéraire monumentale. Cette découverte éclaire les pratiques funéraires des premiers souverains, avant l’apparition des mastabas et des premières pyramides.
Les premiers souverains de l’Égypte unifiée n’avaient pas encore bâti de pyramides, mais leurs architectes expérimentaient déjà de nouvelles techniques de construction. Le 23 juin 2026, le ministre égyptien du Tourisme et des Antiquités, Sherif Fathy, a annoncé dans un communiqué sur Facebook la découverte de ces deux tombes monumentales à Gabal El-Teir, dans le gouvernorat de Minya. Ces monuments, vieux d’environ cinq millénaires, documentent une période charnière de l’histoire égyptienne, lorsque les premières dynasties élaborent progressivement les modèles architecturaux qui donneront naissance aux grands complexes funéraires de l’Ancien Empire (vers 2700 – 2200 av. J.-C.).
Deux tombeaux aux techniques de construction déjà sophistiquées
Édifiées sur une « élévation calcaire près du Nil », selon les mots du ministre, les deux tombes témoignent d’une maîtrise architecturale remarquable à une époque qui précède encore les édifices de l’Ancien Empire. Le premier monument se distingue par une technique de construction particulièrement élaborée : ses murs présentent une épaisseur dégressive, très massive à la base puis progressivement amincie vers leur sommet. Cette solution améliore la stabilité de l’édifice tout en limitant son poids, annonçant certaines recherches architecturales développées plusieurs siècles plus tard, comme la pyramide à degrés de Djéser (IIIe dynastie, vers 2700 – 2600 av. J.-C.), jusqu’aux célèbres pyramides à faces lisses de la IVe dynastie (vers 2600 – 2500 av. J.-C.).
Les archéologues ont également identifié des vestiges de supports en bois destinés à renforcer la structure durant son élévation. Une partie des blocs ayant servi à la construction a toutefois été prélevée dès l’Antiquité afin d’être réemployée pour la réalisation de monuments plus récents, une pratique fréquente en Égypte où les anciens édifices constituaient souvent de véritables carrières de pierres. Le second tombeau, construit selon un plan presque identique mais situé plus au sud, a conservé l’intégralité de ses élévations, offrant un précieux point de comparaison.
Dans le sillage des premières tombes royales d’Abydos
D’après Hisham El-Leithy, secrétaire général du Conseil suprême des Antiquités, les premières études mettent en évidence d’étroites similitudes avec la célèbre tombe du roi Den, souverain de la Ière dynastie, inhumé dans la nécropole royale d’Oumm el-Qa’ab à Abydos. Sa tombe, connue sous le nom de « tombe T », constitue l’un des jalons majeurs de l’architecture funéraire, marquant une avancée significative dans les pratiques funéraires.
Une nécropole témoin de la transition entre Égypte prédynastique et époque thinite
Les deux tombeaux ne constituent qu’une partie des découvertes réalisées sur le site. Les archéologues ont mis au jour plusieurs sépultures individuelles et collectives, confirmant que la nécropole de Gabal El-Teir a été utilisée sans interruption depuis les derniers siècles de la période prédynastique jusqu’à l’époque thinite. Cette continuité en fait un observatoire privilégié pour suivre la transition entre les traditions funéraires héritées du début de Nagada III.
Une première campagne de fouilles menée dès 2010 avait déjà révélé plusieurs fosses funéraires. Au regard du potentiel scientifique du site, les archéologues estiment que Gabal El-Teir pourrait encore livrer de nouvelles informations sur cette période fondatrice de l’histoire égyptienne.
Source : Ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités
