La Tapisserie de Bayeux : Un Objet de Propagande Historique
La tapisserie de Bayeux, œuvre emblématique du XIe siècle, a récemment fait son retour au Royaume-Uni après près d’un siècle d’absence. Dans la nuit du 9 au 10 juillet, cette fresque de 70 mètres de long et 50 centimètres de haut a traversé la Manche pour être exposée au British Museum de Londres durant une année. Ce transport, effectué dans des conditions climatisées et antivibrations, contraste avec les voyages périlleux qu’elle a connus au fil des siècles.
À l’occasion de ce prêt, le quotidien belge De Standaard souligne l’importance historique de cette œuvre, qui a « survécu aux turbulences de l’histoire ». La journaliste Veerle Vanden Bosch évoque dans son article le livre de l’historienne Carola Hickx, The Bayeux Tapestry. The Life Story of a Masterpiece, qui décrit la tapisserie comme un « chat à neuf vies ».
La volonté d’Emmanuel Macron de renforcer les liens avec Londres après le Brexit a conduit à ce prêt, un « exemple controversé de diplomatie culturelle ». La tapisserie, qui illustre l’invasion normande de l’Angleterre et la bataille de Hastings, a dès l’origine un objectif politique, se présentant comme « de la pure propagande ».
Concernant son origine, la tapisserie aurait été réalisée entre 1066 et 1083, probablement par un moine à Canterbury, bien que des doutes subsistent quant à son arrivée à Bayeux. Elle a été conservée dans la cathédrale de la ville pendant des siècles, où elle était exposée seulement neuf jours par an.
Au XVIIIe siècle, l’intérêt pour la tapisserie a augmenté, suscitant des rivalités entre historiens anglais et français. Napoléon a également tenté de l’utiliser à des fins politiques en 1803, en la faisant transporter à Paris pour rappeler que la France avait déjà conquis l’Angleterre.
Près d’un siècle et demi plus tard, Heinrich Himmler, membre éminent du IIIe Reich, a développé une obsession pour cette tapisserie, la considérant comme un symbole de la supériorité aryenne. Les Normands y étaient dépeints comme des Germains, des guerriers capables de soumettre les Anglais. Cependant, la tapisserie n’a jamais été restituée, en raison de l’avancée des Alliés durant la Seconde Guerre mondiale.
Cette œuvre, qui a traversé l’histoire et les conflits, demeure un témoin puissant des enjeux politiques et culturels qui ont marqué les relations entre la France et l’Angleterre.
Source : De Standaard
