C’est plus facile de ne pas voir la misère

Depuis son arrivée à la tête de la mairie de La Rochelle, Olivier Falorni (MoDem) a durci le ton envers les sans-abris dans le centre-ville. Si certains commerçants s’en réjouissent, les associations et l’opposition dénoncent un manque d’humanité qui ne fait que repousser le problème.

Dans le centre-ville de La Rochelle, « Papy », une figure bien connue de la rue, dénonce la politique de la nouvelle municipalité à l’encontre des marginaux. « Monsieur Falorni a un but précis, c’est qu’il ne veut plus de SDF en centre-ville. La police vient tous les jours nous faire la misère », as-t-il. Depuis son élection, Olivier Falorni divise sur sa gestion des sans-abris.

« J’ai pour mission la tranquillité publique avec le préfet. Je mets en œuvre des arrêtés que je n’ai pas signés moi-même, mais que je fais appliquer », déclare le maire. La mairie s’appuie sur deux arrêtés signés en 2023 et 2025 par la précédente municipalité, interdisant « toutes occupations des rues » et proscrivant la détention de boissons alcoolisées ouvertes.

« Ce ne sont pas des arrêtés anti-mendicité en tant que tels », explique Éric Penagos Pila, coordinateur des associations Caarud/Aides. Cependant, la Ligue des droits de l’Homme avait porté recours pour tenter de faire annuler un arrêté qu’ils voyaient comme « anti-SDF ». Le tribunal administratif a tranché en faveur de la mairie.

« L’arrêté donne un cadre, mais c’est surtout l’application systématique qui est problématique », réagit Maryline Simoné, élue d’opposition (PS) qui demande au maire d’assouplir sa politique. Selon elle, « ce sont les SDF qui sont visés parce que tout le monde s’est déjà baladé avec une canette dans la rue ».

Après quelques mois de polémique, les commerçants de la rue du Minage, où des rassemblements étaient opérés, semblent satisfaits. Ils ont même envoyé une « lettre ouverte » à l’édile pour le remercier de son action. « Nous sommes reconnaissants que le maire ait fait cette action. Cela a fait une vraie différence sur les chiffres d’affaires », as Antoine Pereira, commerçant de La Station.

Charlotte Lachieze, commerçante de Vintage Optic, confirme : « On est plus tranquille, ils ne sont plus là à vagabonder toute la journée ». Selon Olivier Falorni, la lettre est signée d’une cinquantaine de commerçants, « soit la quasi-totalité de la rue ».

Cependant, certains commerçants, comme Magalie Guillou, ne partagent pas cet avis. « Moi, ils ne m’ont jamais posé problème. Mais je comprends que ça donne plus envie pour des touristes et même des locaux, dès que la rue est plus calme et propre », rapporte-t-elle.

D’autres, comme Louise, une serveuse du café Molière, s’inquiètent de la méthode. « Je trouve que leur courir après, les traiter comme des cafards, ça ne sert à rien. Ça ressemble à des villes d’extrême droite et ça ne me plaît pas. »

De son côté, Maryline Simoné s’interroge sur cette lettre ouverte de commerçants. « Cette politique ne ressemble pas aux valeurs de la ville de La Rochelle qui est une ville ouverte. » Elle estime que cette me est une annonce pour dire : « Regardez, tout va bien la population est avec nous ».

Dans la rue, « Papy » souligne une politique qui met « tout le monde dans le même sac » sans prendre en compte les difficultés des populations sans domicile fixe. « Le tourisme est indispensable pour faire vivre la ville, mais on ne peut pas chasser des problèmes et les mettre sous le tapis », déplore-t-il.

Tous s’accordent à dire que la sécurité et la tranquillité du centre-ville doivent être assurées. Éric Penagos Pila rappelle : « Lutter contre les gens agressifs et en état d’ivresse sur la voie publique, ce n’est pas le souci, même si interdire l’alcool quand 70 % sont alcooliques, c’est un problème. »

Maryline Simoné souligne qu’il faut trouver un équilibre entre sécurité, tranquillité et solidarité. En 1995, Michel Crépeau, maire de La Rochelle, avait également pris des arrêtés anti-mendicité, mais avait fini par revenir en arrière.

De nombreux SDF ont quitté le centre-ville et se retrouvent désormais dans des quartiers comme les Minimes ou Puilboreau. Mais ils restent dans la précarité, loin des forces de police, avec un accompagnement des associations rendu plus difficile.

« Si on mettait de l’argent pour protéger et permettre d’avoir d’autres trajectoires de vie, il y aurait peut-être moins de monde dans la rue », avance une habitante. Aux premières loges, « Papy » approuve : « La solution, c’est une volonté politique et Monsieur Falorni ne l’a pas. »

Le maire de La Rochelle défend cependant sa position, affirmant que sa mission est de trouver un logement aux personnes sans-abri. Il cite un budget de 500 000 euros pour le sujet, ce à quoi Maryline Simoné rétorque que c’est « le prix d’un rond-point ».

Selon elle, « 60 % de ces gens dans la rue sortent de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) », ce qui souligne un dysfonctionnement dépassant la ville. « Il y a un nombre de jeunes femmes dans la rue qui m’inquiète. Mais on préfère simplement les repousser, car c’est plus facile de ne pas voir la misère que de s’en occuper », conclut-elle.

Source : France Télévisions

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